Mdina
"Mdina impose le silence parce que certains lieux sont trop vieux pour être interrompus."
La Cité du Silence — une forteresse médiévale fortifiée perchée sur une colline où les voitures sont interdites, et où l'on arpente d'étroites ruelles de calcaire pour entrer dans l'Antiquité pure.
Il existe une porte à Malte qui marque la fin du présent. On franchit l’entrée principale de Mdina — la Porte de Mdina baroque, érigée par les Chevaliers de Saint-Jean en 1724 — et le bruit des moteurs qui venait de la route de Rabat, derrière soi, s’arrête. Pas diminue. S’arrête. Le calcaire l’absorbe. Les murs, épais de deux mètres par endroits, ne sont pas tant de l’architecture qu’un fait géologique.
La grammaire des rues étroites
La Triq Villegaignon est l’artère principale de la ville et elle offre tout juste la place pour que deux personnes y marchent de front. Les bâtiments de part et d’autre se penchent l’un vers l’autre, transformant la lumière de l’après-midi en faisceaux obliques qui frappent le pâle calcaire globigerina et le font rougeoyer d’ambre de l’intérieur. Je n’arrêtais pas de poser ma paume à plat contre les murs en marchant — la pierre tiède, presque à température du corps, comme si la ville était vivante et que je lui prenais le pouls.
Lia s’est arrêtée devant une grille en fer forgé sur la Triq San Pawl et a regardé à travers un jardin intérieur que personne ne verrait jamais depuis la rue : un citronnier, une chaise rouillée, un chat endormi sur une corniche. La Cité du Silence recèle des centaines de ces intérieurs privés, des mondes domestiques entiers dissimulés derrière des façades anonymes. On devine des habitants qu’on ne verra jamais.
Fontanella et la vue inattendue
Je ne m’attendais pas à des gâteaux. Mais au Fontanella Tea Garden, aménagé dans les anciens murs du bastion à l’extrémité de la ville, on vous apporte le gâteau au chocolat le plus monumentalement feuilleté de toute la Méditerranée, et on vous installe sur une terrasse avec vue sur tout l’intérieur maltais — des champs de calcaire en damier, le dôme de Mosta dans le lointain, la mer comme une tache pâle au-delà. C’était une récompense absurde pour n’avoir rien fait d’autre que marcher lentement dans de vieilles rues. Nous avons commandé une deuxième part. Certaines découvertes l’exigent.
Après le départ des visiteurs
La population de Mdina ne dépasse pas trois cents habitants aujourd’hui. Vers quatre heures de l’après-midi, la plupart des groupes de touristes ont reflué vers Valletta, et ce qui reste est un silence d’une nature que je n’ai trouvée nulle part ailleurs. La cathédrale Saint-Paul — construite sur le site où l’apôtre aurait converti le gouverneur romain Publius — était vide quand j’y suis entré à cinq heures. Le sol de marbre, les tableaux noircis par les siècles, l’odeur de pierre froide et d’encens ancien. Pas une mise en scène de l’histoire. L’histoire elle-même, toujours en cours.
Quand y aller : Le printemps (d’avril à début juin) et l’automne (de septembre à octobre) offrent la meilleure combinaison de températures douces et de foules moins denses. Évitez le pic de juillet et août si vous voulez que les ruelles évoquent la contemplation plutôt qu’une simulation de bousculade.