Mosta
"Une bombe a traversé cette coupole et a choisi de ne pas exploser. Malte se dispute le pourquoi depuis."
Mosta ne figure pas dans la plupart des itinéraires, et je comprends pourquoi. Pas de port, pas de remparts de forteresse, aucun glamour de brochure des Chevaliers de Saint-Jean. C’est une vraie ville maltaise où les gens achètent des machines à laver et font la queue à la pharmacie. Et puis, en tournant un coin près du centre, le ciel tout entier est occupé par une coupole si grande qu’elle semble avoir été déposée par une civilisation différente et plus ambitieuse.
La Rotonde
La Rotonde de Mosta — à proprement parler la basilique de l’Assomption — fut construite entre 1833 et 1860, en grande partie par les paroissiens eux-mêmes, qui, dit-on, y travaillaient après leurs propres journées de labeur. Sa coupole est l’une des plus grandes sans support au monde, et se tenir dessous produit une sensation physique bien précise : un léger vertige, l’impression que toute cette pierre au-dessus de votre tête ne tient que par la confiance et une bonne géométrie.
Je ne suis pas, par habitude, ému par les intérieurs d’église. J’ai vu assez de dorures pour plusieurs vies. Mais l’échelle, ici, m’a fait quelque chose. Lia s’est tout simplement allongée sur un banc, ce qui n’est, j’en suis presque sûr, pas autorisé, et a fixé le plafond. Un bedeau est passé sans rien dire. Je crois qu’il a compris.

La Bombe
Voici l’histoire que tout le monde à Mosta vous racontera, et elle est vraie. Le 9 avril 1942, au plus fort du siège de Malte pendant la guerre, une bombe de 500 kg de la Luftwaffe a percé la coupole durant un office auquel assistaient quelque trois cents personnes. Elle a touché le sol, dérapé, et n’a pas explosé. Personne n’est mort. Une réplique se trouve aujourd’hui dans la sacristie, et les habitants vous y dirigent avec une gravité particulière.
On peut l’interpréter comme votre vision du monde l’exige — intervention divine, détonateur défectueux, simple statistique d’une longue campagne de bombardements. Les Maltais, qui ont enduré le bombardement le plus concentré de toute la guerre, ont pour la plupart déjà tranché. Debout dans la sacristie fraîche à regarder cette carcasse grise, j’ai constaté que je n’avais envie d’en débattre avec personne. Certaines coïncidences ont mérité leur révérence.
La Ville Autour
Ce que j’ai le plus aimé à Mosta, pourtant, ce fut de sortir de la basilique et de trouver une ville ordinaire vaquant à sa journée ordinaire. Nous avons pris un pastizz — le feuilleté fourré à la ricotta qui est le véritable monument national de Malte — à un comptoir minuscule pour moins d’un euro, mangé debout sur le trottoir pendant qu’un homme discutait joyeusement avec un livreur. En contrebas courent les Victoria Lines, un mur défensif britannique du XIXe siècle le long duquel on peut marcher des kilomètres, le regard sur l’intérieur vert et brun de l’île.
Mosta ne joue pas la comédie pour les visiteurs, et c’est précisément son charme. Elle a une chose stupéfiante et, par ailleurs, une vie totalement indifférente, et n’y voit aucune contradiction. À la fin de l’après-midi, moi non plus.
Quand y aller : Le printemps et l’automne sont idéaux — l’intérieur de l’île cuit en plein été, et la basilique, bien que fraîche, se trouve dans une ville offrant peu d’ombre. Visitez la Rotonde en milieu de matinée, quand la lumière entre par le lanternon de la coupole de la façon la plus généreuse.