Château de Chambord's turreted skyline reflected in the Loire Valley moat at golden hour
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Château de Chambord

"J'ai vu pas mal de châteaux depuis que j'ai quitté la France, mais rien ne m'avait préparé à une toiture qui ressemble à une ville."

Un pavillon de chasse devenu horizon de pierre, dont l'escalier double et les tours innombrables arrêtent encore les visiteurs cinq siècles plus tard.

Je me souviens d’avoir tourné au dernier virage de l’allée bordée d’arbres et de m’être simplement arrêté quelques secondes, parce que j’ai vraiment cru voir double. Chambord ne se révèle pas progressivement comme d’autres châteaux : il surgit d’un coup au-dessus de la forêt, tours, cheminées et lanternons empilés les uns sur les autres, comme si quelqu’un avait voulu faire tenir un village entier sur un seul toit. Lia s’est moquée de moi, parce que je parlais de cet endroit depuis des mois, depuis qu’une amie de Blois nous avait dit que ce n’était “pas comme les autres”, et pourtant je n’étais pas prêt. François Ier a commencé à faire bâtir ceci comme pavillon de chasse en 1519. Un pavillon de chasse. Je n’ai cessé de me répéter ce mot en marchant vers l’entrée, incapable de le faire coïncider avec l’ampleur de ce que j’avais devant moi.

À l’intérieur, ce dont tout le monde parle, c’est l’escalier à double révolution, et il mérite bien sa réputation. Deux volées s’enroulent autour d’un même noyau ouvert, si bien que deux personnes peuvent monter et descendre en même temps sans jamais se croiser, s’apercevant seulement à travers les claires-voies de pierre. Nous avons passé un temps ridicule à monter d’un côté et descendre de l’autre, juste pour nous faire signe à travers les ouvertures comme des enfants. Le dessin est si ingénieux qu’on l’a longtemps attribué à Léonard de Vinci, qui vivait alors tout près, à Amboise, et qui est mort l’année même où débutait le chantier. Personne ne peut prouver qu’il en soit l’auteur, mais debout dans cette cage d’escalier, il est difficile de ne pas y croire.

The double-helix staircase at the center of Château de Chambord, its stone spirals winding upward

Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est d’être monté sur la terrasse du toit et d’avoir regardé autour de moi. Là-haut, au milieu des tours et des cheminées sculptées, on comprend enfin cette toiture qui, vue d’en bas, semblait si chaotique : c’est presque un second édifice, tout un horizon de pierre conçu pour être arpenté, pas seulement admiré depuis le sol. Et puis le regard porte au-delà, vers la forêt, qui ne s’arrête tout simplement jamais. Chambord s’inscrit dans un domaine de chasse clos de plus de 5 400 hectares, la plus grande forêt fermée d’Europe, et même depuis la terrasse, on n’en voit pas la fin. Il a fallu vingt-huit ans et des milliers d’ouvriers pour bâtir tout cela, et François Ier n’y aurait séjourné, semble-t-il, qu’à de rares occasions dans sa vie. J’ai trouvé cela étrangement touchant : ce projet obsessionnel, étalé sur des décennies, dont son propre commanditaire a si peu profité.

View across Chambord's forested game park from the château's rooftop terrace

Nous avons terminé l’après-midi assis au bord des douves, avec des sandwichs achetés dans une boulangerie de Blois, à regarder les tours changer de couleur à mesure que la lumière baissait. Lia a dit que cela ressemblait moins à une maison qu’à une question posée dans la pierre. Je n’ai pas trouvé de meilleure façon de le formuler.

Quand y aller : Nous y sommes allés en septembre et avons eu de longs moments sur la terrasse presque pour nous seuls ; la fin du printemps fonctionne tout aussi bien, avec un climat plus doux et une fraction des foules estivales qui envahissent la cour dès la mi-journée.