Europe
Vallée de la Loire
"La vallée qui a fait oublier Paris aux rois de France."
Je suis arrivé en Vallée de la Loire un mardi de septembre, en quittant l’autoroute près d’Amboise avec les fenêtres ouvertes et une odeur que je n’arrivais pas tout à fait à nommer — moût de raisin, herbe fraîchement coupée, rivière froide. J’avais grandi avec la Loire comme abstraction : les châteaux, le Sancerre, les diapositives de voyages scolaires. Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est que le paysage lui-même m’arrête. La vallée est large, plate et lumineuse, la lumière rebondissant sur le fleuve d’une façon qui explique chaque tableau de la Renaissance peint ici. François Ier ne construisait pas des palais uniquement pour épater. Il essayait de retenir la lumière.
Chambord est celui que tout le monde photographie — cette ligne de toits hérissée de tours et de cheminées qui ressemble à un horizon de ville tombé dans la forêt. Mais Chenonceau est celui qui reste : un château qui traverse une rivière sur six arches, des jardins sur les deux rives, le Cher coulant sombre et lent en dessous. J’y ai passé un après-midi un mardi de début septembre, presque seul, et j’ai mangé un sandwich au bord de l’eau comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Cheverny est plus petit et habité d’une façon qui sonne juste — la même famille en est propriétaire depuis quatre siècles et ça se sent dans les planchers usés. Et puis il y a Villandry, où les jardins sont l’essentiel : des carrés de légumes géométriques disposés comme une tapisserie, des choux et des poireaux agencés avec le sérieux d’un art topiaire.
Le vin, c’est ce qui me fait revenir. Le Muscadet de l’extrémité atlantique du val, tendu et minéral, parfait avec le brochet d’eau douce qui s’invite sur la carte de chaque bistrot. Le Vouvray en Chenin Blanc, qui peut être ultra-sec ou moelleux comme du miel, ou n’importe quoi entre les deux. Le Sancerre et le Pouilly-Fumé à l’est, les Sauvignon Blancs qui sont devenus la référence de tout accord fromage de chèvre et vin blanc. Les rouges — Bourgueil, Chinon — restent dans l’ombre parce qu’ils ne sont ni Bordeaux ni Bourgogne, ce qui signifie qu’on peut encore très bien boire pour pas grand-chose à la cave coopérative de n’importe quel bourg.
Quand y aller : Fin mai ou septembre. Les foules estivales s’abattent sur les grands châteaux en juillet et en août. Septembre amène les vendanges, des tarifs plus raisonnables et une qualité de lumière d’après-midi qui fait rougeoyer chaque pierre. Mai est encore plus calme, et les jardins sont à leur moment le plus théâtral.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils transforment la Loire en liste de châteaux à cocher — Chambord, Chenonceau, Amboise, et on passe à la suite. La vallée se vit mieux comme un voyage lent le long du fleuve lui-même : à vélo sur la Loire à Vélo, en s’arrêtant dans de petits domaines pour des dégustations, en mangeant une truite dans une auberge au bord de l’eau, en passant la nuit dans une maison troglodyte creusée dans les falaises de tuffeau. Les châteaux sont le décor. Le fleuve est le sujet.