Les tours en ruine du Château de Chinon se dressant au-dessus des toits médiévaux au crépuscule, la Vienne reflétant la lumière ambrée en contrebas
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Chinon

"Le Chinon a le goût d'une terre riche en fer et quelque chose de presque fumé — un vin qui a vraiment le goût de là où il vient."

On voit Chinon avant d’y arriver. En venant du nord le long de la Vienne, la forteresse en ruine apparaît sur son plateau calcaire bien avant la ville — trois châteaux distincts s’étirant le long de la crête, des tours à des degrés divers d’effondrement, le tout se découpant contre le ciel d’une façon qui parvient encore à paraître imposante malgré les siècles d’attrition. J’avais la vitre baissée et la radio éteinte quand elle est apparue, et je l’ai gardée dans mon champ de vision aussi longtemps que possible avant que la route ne tourne.

La ville au pied de la forteresse est médiévale dans le meilleur sens non sentimental — pas embellie pour les touristes mais réellement vieille, réellement usée, avec le carrefour du Grand-Carroi en son centre où la rue Voltaire croise l’ancienne place du marché. Les maisons à colombages penchent sur la rue étroite. Une pharmacie occupe un bâtiment qui est une pharmacie ou quelque chose d’analogue depuis le XVe siècle. Tout le quartier sent la vieille pierre et l’air du fleuve et, les jours de marché, cette douceur particulière des fleurs coupées mêlée au poisson.

La rue Voltaire dans le quartier médiéval de Chinon, ses maisons à colombages se penchant sur les pavés dans la lumière de l'après-midi

Dans la forteresse, la salle où Jeanne d’Arc rencontra Charles VII en mars 1429 est signalée simplement et sans théâtralité. Elle avait chevauché trois semaines depuis la Lorraine, traversé un territoire tenu par les Anglais et les Bourguignons, et était arrivée pour convaincre un homme qui ne voulait pas être convaincu que Dieu l’avait envoyée pour restaurer sa couronne. La salle est vide maintenant, le plafond ouvert sur le ciel, mais quelque chose, debout là au-dessus de la Vienne, vous fait sentir le poids de la prétention. Quelle que soit l’opinion que l’on ait de la théologie, l’audace est indéniable.

Le vin est ce qui m’a fait rester plus longtemps que prévu. Le Chinon rouge est du Cabernet Franc sur des pentes de tuffeau et d’argile le long de la Vienne, et à son meilleur il ne ressemble en rien aux comparaisons avec le Bordeaux — plus léger en corps, plus parfumé, avec une note minérale de mine de crayon en dessous qu’on ne trouve dans aucun Bordeaux à aucun prix. J’ai fait une dégustation dans un petit domaine du village de Cravant-les-Coteaux, debout dans une cave taillée directement dans la falaise de tuffeau avec le vigneron qui versait trois millésimes du même vignoble : le 2020, tout fruits et fer ; le 2018, qui commençait à devenir soyeux et tabac ; le 2015, déjà autre chose entièrement.

Une cave taillée dans le calcaire tuffeau près de Chinon, avec des rangées de bouteilles de Cabernet Franc vieilli dans les parois de pierre pâle

Rabelais est né à quelques kilomètres d’ici, à La Devinière, et Chinon porte cette distinction avec une désinvolture appropriée. Le musée dans sa maison natale est petit et honnête. Il aurait bu du Chinon à chaque repas de sa vie et avait probablement des opinions à ce sujet. En lisant son œuvre n’importe où près de la Vienne, on comprend d’où venait l’appétit.

Quand y aller : Fin septembre et octobre apportent les vendanges et les domaines ouvrent leurs caves pour des dégustations. Le quartier médiéval est plus atmosphérique au printemps ou en automne quand la circulation touristique se réduit. L’été est parfaitement agréable mais les rues étroites se font étouffantes quand elles sont animées. Un matin de marché en mai avec un café au lait sur le Grand-Carroi est la version la plus proche de l’idéal de cet endroit.