Blois
"Se tenir dans la cour du château de Blois, c'est comme être à un dîner où tout le monde parle en même temps et où ça fonctionne quand même."
Une ville de la Loire où quatre rois français de quatre époques différentes ont superposé quatre styles architecturaux sur un seul château, créant un chef-d'œuvre accidentel de l'ambition royale.
Le train depuis Paris arrive en gare de Blois et voilà le château — directement en face, sur la colline, ses tours visibles avant que le quai ne finisse. C’est une façon inhabituellement agressive qu’a une ville de se présenter. La plupart des villes de Loire vous introduisent progressivement. Blois se présente simplement, sans détour, comme un endroit qui a été historiquement significatif avant que la signification soit à la mode et qui aimerait qu’on le remarque.
Je l’ai remarqué. J’ai traversé la rue et j’ai commencé à monter immédiatement, les bagages à la main, parce qu’on n’ignore pas un château qui se positionne en face de la gare avec ce genre de confiance.
La cour est là où Blois révèle sa singularité. Quatre ailes distinctes l’entourent, chacune d’une époque différente, chacune dans un langage architectural différent, aucune conçue en pensant aux autres, et la collision fonctionne quand même. L’aile Louis XII est gothique tardif, brique et pierre arrangées en motifs de losanges, chaleureuse et domestique. L’aile François Ier est pure ambition Renaissance — exubérante, à orientation verticale, cette extraordinaire tour d’escalier à vis ouverte accrochée à la façade comme un ajout de dernière minute qui est devenu toute la personnalité du bâtiment. L’aile Gaston d’Orléans est classique du XVIIe, sévère et correcte en gris. La Salle des États-Généraux gothique est plus ancienne que toutes. Debout au centre, tournant lentement, on obtient quatre siècles d’ego architectural français en une seule rotation.

La ville au pied du château est plus intéressante que la plupart des centres-villes de la Loire. Le vieux quartier descend depuis la porte du château par une série de ruelles pentues — rue des Papegaults, Denis-Papin avec sa fameuse rue en escaliers — en passant devant des hôtels particuliers Renaissance, des ateliers et une chocolaterie qui exerce dans le même espace depuis 1814 et dont la vitrine est à elle seule une raison de visiter Blois. L’odeur depuis cette porte par un matin froid — chocolat noir et cacao torréfié — n’est pas une odeur qu’on oublie vite.
Le marché remplit les rues autour du vieux quartier les mardis et samedis matin, et il est approprié, sans prétention, et excellent. Fromages de chèvre de la Sologne, rillettes en pots avec des étiquettes manuscrites, légumes du plateau de la Beauce, champignons de la forêt de Chambord proche. J’ai pris mon petit déjeuner debout à un étal de pain — un quartier de tarte à l’oignon chaude et une tasse de café en papier — pendant que les vendeurs s’interpellaient à travers la rue dans la sténographie facile de gens qui travaillent le même marché depuis des années.

Chambord n’est qu’à quatorze kilomètres à l’est — assez proche pour une excursion d’après-midi si l’on veut la grande mise en scène de la visite des châteaux de la Loire. Mais Blois a quelque chose que Chambord n’a absolument pas : le sentiment d’une vraie ville, avec de vrais résidents vivant leur vraie vie autour du poids historique. La boulangerie près de la porte du château ouvre à sept heures. Le bar à vins de la rue Foulérie sert du Cheverny et du Touraine au verre à des habitués qui arrivent en tenue de travail. Il y a une librairie avec de l’histoire locale en vitrine et du jazz de quelque part à l’intérieur.
Quand y aller : D’avril à juin pour la meilleure combinaison de jardins en fleurs et de foules gérables. Septembre est les vendanges et une bonne saison pour le vignoble autour de Blois — les appellations Cheverny et Cour-Cheverny méritent une après-midi. Le son et lumière sur le château tourne les soirs d’été et est véritablement spectaculaire ; les foules estivales qui viennent pour le voir, moins.
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