Zahlé
"Je n'ai jamais vu un pays prendre le déjeuner aussi au sérieux que le Liban le prend à Zahlé, et je le dis comme le plus grand des compliments."
L'autoproclamée « Fiancée de la Bekaa », où une rivière bordée de restaurants en plein air transforme le déjeuner du vendredi en une institution nationale de cinq heures.
Tous les Libanais à qui j’ai mentionné Zahlé avant d’y aller ont utilisé la même phrase, presque mot pour mot : il faut manger au bord de la rivière. La Berdawni traverse le centre-ville, et sur quelques centaines de mètres, les deux rives sont bordées de restaurants dont les tables débordent sur des plateformes en bois construites directement au-dessus de l’eau, assez près pour l’entendre couler sous sa chaise pendant qu’un serveur apporte le onzième petit plat qu’on n’a pas commandé mais qu’on est étrangement ravi de voir arriver quand même.
J’y suis allé un vendredi avec un ami libanais qui a traité toute l’affaire comme une sorte de rituel — de l’arak versé lentement et coupé à l’eau jusqu’à prendre ce blanc laiteux si particulier, suivi d’une avalanche de mezzé qui semblait conçue pour ne jamais vraiment s’arrêter : muhammara, batata harra, kebbé, soujouk grésillant dans une petite poêle, warak enab encore tiède. Le déjeuner a commencé à midi et demi et quand nous avons fini, il était presque cinq heures, le soleil avait traversé tout le ciel, et personne aux tables voisines ne semblait trouver ça inhabituel.

Zahlé a mérité honnêtement son titre de capitale du vin et de l’arak de la Bekaa — les collines autour de la ville sont couvertes de vignes, et l’arak local, distillé à partir de raisin et d’anis, est considéré par beaucoup de Libanais comme le meilleur du pays. Je suis monté ensuite dans le vieux quartier pour digérer un peu, passant devant des maisons aux toits de tuiles rouges qui grimpent la pente en rangées ordonnées, des cloches d’église se disputant l’écho comme partout dans le Liban chrétien, avec une vue plongeante sur les restaurants de la rivière qui donnait l’impression que toute la ville avait été construite spécifiquement pour ce long déjeuner.

Quand y aller : Septembre apporte les vendanges et une véritable effervescence dans les vignobles environnants. Les week-ends de printemps et de début d’automne sont idéaux pour les restaurants au bord de la rivière, quand l’eau est haute et les terrasses pas encore trop bondées.
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