La corniche de Beyrouth au crépuscule avec des palmiers en silhouette contre un ciel rose et orangé sur la Méditerranée
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Beyrouth

"Beyrouth n'attend pas que vous soyez prêt. Elle commence avant même que vous ayez posé votre sac."

Je suis arrivé à Beyrouth en bus depuis Damas il y a des années — avant que la frontière ne ferme — et la ville est apparue sans préambule, surgissant soudainement dans la brume bleue au-dessus de la mer. Elle m’a frappé comme un horizon sans logique particulière : des maisons de l’époque ottomane avec leurs fenêtres à triple arcade coincées entre des immeubles criblés de balles de la guerre civile, eux-mêmes coincés entre des tours de verre sentant encore le béton frais. Rien ne s’accordait. Tout coexistait. J’ai compris dès la première heure qu’essayer de comprendre Beyrouth avant de la laisser vous comprendre est une bataille perdue d’avance.

Le quartier de Gemmayzeh est là où j’ai tendance à m’ancrer. Il monte sur une pente douce à l’est du centre-ville, ses ruelles bordées des vieilles maisons en pierre qui ont survécu aux guerres — du moins certaines d’entre elles. On passe devant un immeuble dont toute la façade a été soufflée et transformée en une sorte de galerie à ciel ouvert, des fresques qui escaladent trois étages là où se trouvaient autrefois des murs d’appartements. Quelques portes plus loin, un bar est ouvert à midi. La lumière qui traverse les bougainvilliers sur les marches de pierre usées a une qualité que je n’ai jamais tout à fait trouvée ailleurs — chaude et légèrement poussiéreuse, la couleur des vieilles photographies.

Street art couvrant la façade d'un immeuble endommagé par la guerre à Gemmayzeh, Beyrouth, couleurs vives sur la vieille pierre

La gastronomie de Beyrouth obéit à une logique qui lui est propre. Le petit-déjeuner est le repas sérieux — un assortiment de labneh nappé d’huile d’olive et saupoudré de za’atar, du pain plat chaud venu de la boulangerie deux rues plus loin, des bols d’olives, des tranches de tomates qui ont le goût de vraies tomates. J’ai pris ce genre de petit-déjeuner dans un petit endroit à Hamra dont le patron servait un café si épais qu’il gardait presque la forme de la tasse, et m’a dit avec une absolue certitude que Beyrouth allait bien s’en sortir. Il disait ça depuis quarante ans, a-t-il admis. À un moment, la répétition elle-même devient une forme de foi.

Près du front de mer, la corniche au coucher du soleil est l’un des grands événements sociaux de la ville. Les familles occupent les garde-fous, des vendeurs poussent des chariots de maïs grillé, des pêcheurs jettent leurs lignes depuis la digue sans aucune urgence apparente, et le rocher de Raouché — cette masse imposante de calcaire surgissant de l’eau — passe d’abord au rose, puis à l’orange, puis à un violet meurtri quand le soleil se couche. Il y a quelque chose dans cette vue particulière qui rend les contradictions de toute la ville temporairement cohérentes. Comme si le chaos n’était en réalité que de la complexité, et qu’il y avait une différence.

Le rocher de Raouché émergeant de la Méditerranée à l'heure dorée, Beyrouth en arrière-plan

Le quartier du centre-ville, reconstruit dans les années 90 et de nouveau après l’explosion du port de 2020, est étrange d’une façon différente — trop propre, trop vide par endroits, comme un décor de théâtre pour une ville. Mais marchez cinq minutes vers l’est dans les quartiers entre le centre et Achrafieh et la texture revient. Des librairies avec des piles sur le point de s’effondrer, des mécaniciens travaillant sur des voitures dans des ruelles, l’appel à la prière qui se tisse dans le son d’un bar diffusant du jazz.

Quand y aller : D’avril à juin, Beyrouth est au mieux de sa forme — une météo méditerranéenne clémente, les jacarandas en fleurs dans les rues adjacentes, et la ville fonctionnant à un rythme supportable avant le retour de la diaspora estivale. Septembre et octobre sont tout aussi bons. Évitez le pic d’août si vous êtes sensible au bruit : la ville tourne à volume de concert et les prix des hôtels triplent.