Aharbal
"Certaines cascades, on les photographie. Celle-ci, on se contente de se tenir devant et de la laisser couvrir tout le reste."
Une cascade se précipitant à travers une gorge boisée, et le point de départ vers l'un des lacs d'altitude les plus saisissants du Cachemire.
Rejoindre Aharbal a pris plus de temps que prévu, surtout parce que la route au sud de Kulgam se rétrécit et se dégrade, et mon chauffeur n’arrêtait pas de ralentir pour me montrer des vergers de pommiers qu’il trouvait visiblement plus intéressants que ma destination réelle. Mais la cascade, une fois arrivés, a totalement justifié le détour. La rivière Veshaw chute d’environ vingt-cinq mètres à travers une gorge étroite, projetant des embruns qui accrochent la lumière et dérivent parmi les pins environnants comme un climat propre à ce seul endroit précis.
Les habitants l’appellent parfois le Niagara du Cachemire, ce qui est généreux, mais il y a ici une véritable force dans l’eau qui m’a surpris — ce n’est pas une cascade douce, c’est la rivière heurtant une dénivellation abrupte à grande vitesse, et le grondement emplit entièrement la gorge. Une rangée d’étals près de la plateforme d’observation vend du maïs et du thé et loue des chevaux pour la courte montée vers un meilleur point de vue, et il règne dans ce lieu une énergie touristique locale indéniable — groupes scolaires, couples en lune de miel, adolescents prenant des selfies prudents près de la rambarde — bien différente des endroits plus tranquilles en amont de la vallée. Cela ne m’a pas dérangé. Les Cachemiris méritent aussi un coin pique-nique, et celui-ci en est clairement un des bons.

Ce que la plupart des excursionnistes d’un jour ne font pas, et ce que j’aurais aimé avoir plus de temps pour faire, c’est continuer à marcher. Aharbal est le point de départ du trek vers Kounsarnag, un lac glaciaire situé à plus de 3 500 mètres sous le col de Kaobal Gali, une randonnée de deux jours à travers prairies et moraines que les randonneurs sérieux classent parmi les plus belles de la vallée. Je n’ai avancé qu’une heure sur le sentier avant de faire demi-tour, suivant un chemin de berger le long de la rivière à travers une forêt de bouleaux qui s’éclaircissait en broussailles, mais même ce court tronçon m’a montré à quelle vitesse les foules de la cascade disparaissent dès qu’on accepte de marcher vingt minutes.

Quand y aller : De mai à septembre, quand la rivière est gonflée par la fonte des neiges et que le sentier vers Kounsarnag est libre de glace. Juillet et août offrent le meilleur débit d’eau aux chutes.
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