A group enjoying a Shikara ride on Dal Lake with the Himalayan mountains reflected in the still water, Srinagar

Asie

Cachemire

"Je n'aurais pas cru qu'un lac puisse me faire me sentir aussi petit."

Je suis arrivé à Srinagar par un clair matin d’octobre, et le taxi depuis l’aéroport longeait le lac Dal au moment précis où la lumière touchait l’eau. L’Himalaya se dressait derrière la ville, immense et blanc, et le lac était si immobile qu’il semblait peint. Une rangée de shikaras — ces petites barques en bois peintes en rouge et vert — glissaient déjà sur la surface. J’avais lu des descriptions de cet endroit toute ma vie, dans des livres, des poèmes, dans les souvenirs à moitié effacés de gens qui disaient que le Cachemire était le plus bel endroit qu’ils aient jamais vu. Pour une fois, le lieu était à la hauteur des mots.

Je logeais sur un houseboat, ce qui est en pratique moins exotique que ça n’en a l’air — on dort dans une chambre moquettée qui se balance légèrement, quelqu’un vous apporte du thé et des œufs le matin, le froid monte de l’eau la nuit. Mais se réveiller à cinq heures pour trouver le lac enveloppé de brume, avec les appels à la prière qui flottent sur l’eau et les premiers marchands qui pagaient avec leurs marchés flottants de fleurs de lotus et de légumes, m’a fait comprendre pourquoi les gens reviennent sans cesse. La ville elle-même est stratifiée à la manière moghole : des jardins construits par des empereurs qui venaient là pour échapper à la chaleur estivale de l’Inde, des mosquées aux boiseries de noyer sculpté, des bazars où le safran se vend au gramme et où le wazwan — le grand festin cachemiri de trente-six plats, majoritairement à l’agneau — est la langue de l’hospitalité. J’ai mangé du rogan josh dans un endroit près du vieux bazar qui le préparait de la même façon depuis trois générations. Ça ne ressemblait en rien à ce que j’avais mangé ailleurs sous ce nom.

La vallée récompense la lenteur. Une balade en shikara au crépuscule, quand les montagnes virent à l’orange et que la surface du lac attrape la lumière, coûte presque rien et vaut tout. Les jardins moghols — Shalimar Bagh, Nishat Bagh — sont véritablement saisissants en automne quand les chinars passent au rouge. Les excursions à la journée vers les montagnes au-dessus de la vallée, en direction de Gulmarg ou des prairies autour de Sonamarg, révèlent un autre Cachemire : des pâturages d’altitude, des bergers avec leurs troupeaux, un air assez froid pour sembler propre.

Quand y aller : D’avril à juin, la vallée est luxuriante et verte, avec des températures agréables et des champs de moutarde en fleur. Septembre et octobre sont les mois dorés — ciel dégagé, récolte du safran et chinars en plein feu d’automne. Évitez juillet et août, qui apportent de fortes pluies et, certaines années, des tensions politiques qui affectent les déplacements dans la vallée. L’hiver (décembre à février) est réservé aux vrais adeptes du froid : le lac gèle parfois, et Gulmarg devient une destination de ski sérieuse.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent le Cachemire comme un décor — le lac, les montagnes, les houseboats — et oublient que la vallée possède l’une des cultures culinaires les plus singulières d’Asie du Sud. Le wazwan n’est pas qu’un repas ; c’est un événement, une forme de générosité, un argument de plusieurs heures en faveur de l’agneau comme animal par excellence. Le safran cachemiri, cultivé dans les champs autour de Pampore, est parmi les meilleurs au monde et coûte une fraction de ce qu’on paie pour les variétés iraniennes ou espagnoles. Et les traditions artisanales — le papier mâché, les châles en pashmina brodés, la sculpture sur noyer — ne sont pas des souvenirs pour touristes mais des industries vivantes qui fonctionnent depuis des siècles. Passez moins de temps sur le lac et plus de temps dans les ruelles derrière les bazars.