La Basilique Notre-Dame de la Paix se dressant au-dessus des palmiers de Yamoussoukro sous un vaste ciel bleu
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Yamoussoukro

"Une basilique plus grande que Saint-Pierre en pleine savane — Houphouët-Boigny n'était pas un homme qui pensait en petit."

Une capitale planifiée aux boulevards vides et à la plus grande basilique du monde, où les ibis sacrés surpassent en nombre les touristes et le silence a presque des dimensions vaticanes.

La route d’Abidjan à Yamoussoukro, c’est quatre heures de bon bitume qui traverse des plantations de palmiers à huile et de la forêt secondaire, et l’arrivée est délibérément déstabilisante. L’instant d’avant, on roule sur une route à deux voies à travers des villes-marchés où les chèvres traversent à leur guise. L’instant d’après, on se retrouve sur un boulevard à six voies sans circulation, bordé de réverbères qui brûlent nuit et jour sans s’en soucier, et le dôme de la Basilique Notre-Dame de la Paix qui s’élève au-dessus de tout comme une impossibilité géographique. Félix Houphouët-Boigny, président fondateur de Côte d’Ivoire, a transformé sa ville natale en capitale officielle dans les années 1980, important l’infrastructure d’une grande ville dans un endroit qui n’avait pas tout à fait la population pour la remplir. Le résultat est l’un des paysages urbains les plus surréalistes du continent.

La Basilique est la pièce maîtresse et elle mérite chaque description qu’on lui prête. Achevée en 1989, elle détient le record Guinness de la plus grande église du monde — le dôme est plus haut que celui de Saint-Pierre de Rome, et l’esplanade peut accueillir dix mille personnes sans bousculade. Je l’ai visitée un mardi alors que j’étais l’un des peut-être douze visiteurs, et l’échelle m’a arrêté net à l’entrée. Les vitraux — importés de France, tous les 7 400 mètres carrés — inondent l’intérieur d’une lumière bleu-or qui semble véritablement sacrée, quelle que soit votre relation à l’institution. Des ibis sacrés se déplaçaient en groupes tranquilles sur l’esplanade de marbre à l’extérieur. Je les ai regardés plus longtemps que raisonnable.

La vaste esplanade de marbre de la Basilique Notre-Dame de la Paix avec des ibis sacrés qui la traversent

Derrière le Palais présidentiel — la résidence officielle d’Houphouët-Boigny, toujours gardée, toujours utilisée pour les visites d’État — il y a un lac artificiel où des crocodiles du Nil sont nourris de poulets vivants chaque après-midi dans une cérémonie qui est devenue, contre toute logique, une attraction touristique. Le palais a été construit sur le site de la maison ancestrale du président et les crocodiles sont considérés comme sacrés, liés à sa lignée par une tradition qui remonte à avant l’ère coloniale. Voir un vieux crocodile émerger d’une eau verdâtre pour accepter un poulet des mains d’un soignant pendant qu’une poignée de visiteurs photographiait la scène avec leur téléphone m’a semblé être une version très condensée des contradictions que contient cette ville.

La ville elle-même — la vraie ville, au-delà des infrastructures gouvernementales — est modeste et fonctionnelle, avec un marché animé, des grils de rue servant des brochettes et de l’alloco, et une université qui maintient un peu d’énergie dans les rues. Les larges boulevards sont pour la plupart vides mais les rues secondaires ont la vie ordinaire de n’importe quelle ville ivoirienne de taille moyenne : mototaxis, femmes vendant du jus de bissap dans des bidons en plastique, tailleurs travaillant sous des lumières extérieures le soir.

Large boulevard gouvernemental vide à Yamoussoukro bordé de palmiers et de réverbères qui s'étire jusqu'à l'horizon

Quand y aller : Yamoussoukro est une destination toute l’année dans le sens où la Basilique est toujours là. La saison sèche (novembre–février) est plus confortable pour explorer les espaces extérieurs. La nourrissage des crocodiles a lieu quotidiennement en fin d’après-midi — vérifier les horaires sur place car ils changent.