Savane dorée et forêt-galerie le long du fleuve Comoe dans le parc national de la Comoe, nord-est de la Côte d'Ivoire
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Parc national de la Comoé

"Le garde a dit que les éléphants étaient revenus. Il l'a dit comme on parle d'un ami qui a survécu à quelque chose."

Presque personne ne vient à la Comoé, et ceux qui la gèrent savent exactement pourquoi et n’en sont pas amers. Le parc se trouve à l’extrême nord-est de la Côte d’Ivoire, à une longue et poussiéreuse route d’Abidjan, et pendant des années, durant les troubles du pays, il fut quasiment abandonné : braconné, surpâturé, condamné. L’UNESCO l’a inscrit sur la liste du Patrimoine mondial en péril. Puis, peu à peu, il est revenu à la vie. Quand Lia et moi y sommes arrivés, cahotant sur la piste de terre rouge depuis Kong dans un 4x4 emprunté, il avait déjà été retiré de cette liste de péril, et le garde qui nous a accueillis a dit que les éléphants étaient revenus. Il l’a dit comme on parle d’un ami qui a survécu à quelque chose.

Le plus vaste sauvage d’Afrique de l’Ouest

La Comoé est immense : l’une des plus grandes aires protégées de toute l’Afrique de l’Ouest, plus d’un million d’hectares de savane cousus par la forêt-galerie qui suit les fleuves. Ce mélange est tout l’enjeu. On roule une heure à travers de hautes herbes dorées et des arbres rabougris, cette savane sèche qui paraît monotone en photo et qui, en vrai, donne l’impression d’être dans un four, puis la piste plonge vers le fleuve Comoé et soudain on se retrouve sous un tunnel de verdure, la température chute de dix degrés, des singes passent au-dessus de la tête et le fleuve glisse, brun et lent.

C’est à l’un de ces méandres que nous avons vu les hippopotames : un groupe, rien que des yeux, des naseaux et un bâillement énorme de temps à autre, dans une mare couleur de thé fort. Notre guide a coupé le moteur et nous sommes restés assis. Il nous a dit, à voix basse, que la Comoé est l’un des rares endroits où l’on trouve à la fois des chimpanzés de savane et des espèces de forêt dans le même parc, grâce à ce chevauchement fleuve-forêt-prairie. Nous n’avons pas vu de chimpanzé. On en voit rarement. Mais savoir qu’ils étaient là-bas dans la forêt-galerie, à se servir d’outils pour casser ce qu’ils cassent, a changé la teneur du silence.

Un groupe d'hippopotames se reposant dans une mare brune du fleuve bordée de forêt-galerie dans le parc national de la Comoe

Le voyage lent, par nécessité

La Comoé n’est pas un endroit qui vous sert la faune sur un plateau. Pas de cohue de véhicules convergeant vers un léopard repéré, car il n’y a pas de cohue et souvent aucun autre véhicule du tout. Ce qu’il y a, c’est la patience récompensée : un troupeau d’antilopes cobes jaillissant des herbes, un calao de la taille d’un petit chien traversant la piste à grand-peine, les empreintes d’un éléphant enfoncées dans la boue d’un point d’eau, fraîches, l’animal lui-même hors de vue dans les arbres.

Nous avons logé dans des chambres simples près de la lisière du parc et dîné de riz et de poisson grillé du fleuve à la lueur d’une lampe, le générateur éteint dès dix heures, l’obscurité totale et bruissante d’insectes. Lia, qui n’est en aucune circonstance du matin, s’est levée avant l’aube les deux jours sans se plaindre, ce qui est le plus grand compliment qu’elle fasse à un lieu.

Des antilopes cobes broutant dans les hautes herbes dorées parmi des arbres épars dans la savane du parc national de la Comoe

Je ne prétendrai pas que le voyage soit facile ni l’infrastructure soignée. Ni l’un ni l’autre. Mais la Comoé est de ces rares endroits où l’on sent être arrivé quelque part de véritablement sauvage et véritablement en convalescence, où les animaux reviennent plutôt qu’ils ne reculent. Cela vaut bien une journée éprouvante sur une piste de terre.

Quand y aller : La saison sèche, en gros de décembre à avril, quand la faune se concentre autour des points d’eau qui se rétractent et que les fleuves et les pistes sont praticables. Les pluies de juin à octobre rendent une grande partie du parc impraticable et dispersent les animaux ; à éviter, sauf si l’on aime rester enlisé dans la boue loin de tout.