Afrique
Côte d'Ivoire
"Abidjan m'a frappé plus fort que n'importe quelle ville dont je n'attendais rien."
J’ai atterri à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny un mardi après-midi, déjà trempé de sueur avant même d’atteindre l’immigration. Le chauffeur de taxi a négocié le prix dans trois langues simultanément — le dioula, le français et quelque chose qui ressemblait vaguement à de l’anglais — et je l’ai adoré pour ça. Le temps de traverser le pont vers Plateau, le quartier central des affaires d’Abidjan, j’avais revu toutes les idées que je m’étais faites sur l’Afrique de l’Ouest depuis le confort de mon canapé à Mexico.
Rien ne prépare à Abidjan. Le skyline est franchement impressionnant : des tours de verre qui surgissent d’un système lagunaire si vaste qu’il fragmente la ville en îles et en presqu’îles reliées par des ponts et des pirogues. Plateau pulse de l’énergie particulière d’un endroit qui se prend au sérieux — ministères, banques, ces restaurants tenus par des Libanais où des costumes débattent de contrats autour d’un thiéboudienne. Puis on traverse vers Treichville ou Adjamé et la ville devient autre chose : chaotique, stratifiée, bruyante dans le bon sens, avec des maquis — restaurants en plein air — qui débordent sur chaque trottoir et de la musique de griot qui s’échappe de chaque deuxième porte. J’ai mangé du poulet grillé avec de l’aloko (banane plantain frite) et une Bock bien fraîche à une table en plastique à 23h, et j’ai eu le sentiment d’avoir trouvé le vrai pouls de la ville.
En dehors d’Abidjan, le pays surprend autrement. Man, à l’ouest, s’étend dans des collines boisées près de la frontière guinéenne et dégage une torpeur qui semble méritée, pas apathique. La côte autour de Grand-Bassam — une ville coloniale décrépite à une heure à l’est d’Abidjan, aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO — mêle architecture ocre délavée, pirogues de pêcheurs et foules du week-end venues de la capitale. Yamoussoukro, la capitale officielle, est la plus surréaliste : une ville planifiée aux larges boulevards déserts construite autour de la Basilique Notre-Dame de la Paix, un monument à l’échelle vaticane planté au milieu de nulle part, qui attire des ibis sacrés sur son esplanade. J’y ai passé une heure dans un silence presque total, ce qui n’est pas chose courante dans ce pays.
Quand y aller : De novembre à février, c’est la saison sèche et la période la plus simple pour voyager — humidité moindre, routes secondaires praticables. La grande saison des pluies s’étend d’avril à juillet et transforme les pistes rurales en bourbier. Si la pluie ne vous effraie pas, octobre ou mars se glissent entre les deux saisons : la ville est plus calme et un peu moins étouffante.
Ce que la plupart des guides ratent : La Côte d’Ivoire est classée « destination émergente » comme si elle était brute et sous-équipée. Abidjan dispose depuis des décennies d’un réseau de bus urbains, d’hôtels haut de gamme et d’une scène culinaire avec de vraies ambitions. Ce qui manque, c’est l’infrastructure touristique occidentale — et c’est une qualité, pas un défaut. On ne se retrouve pas entouré d’autres étrangers dans les maquis de Treichville. Les liens avec la France restent forts — Air France vole toujours en direct —, mais la ville a largement dépassé l’idée que la France serait une référence pour quoi que ce soit.