Bale (Valle d'Istria)
"On était venus pour le château, on est restés pour les cigognes qui claquettaient sur les toits au-dessus de nous."
Un village perché aux ruelles de pierre et aux oliveraies, où les cigognes nichent sur les cheminées et où un château vénitien abrite encore sa famille fondatrice.
On a failli passer à côté de Bale. Lia avait entouré Rovinj et Vodnjan sur la carte, et Bale n’était qu’un point entre les deux, le genre d’endroit qu’on traverse sans s’arrêter. Mais la route s’est rétrécie, elle est devenue pavée de pierre, la voiture a ralenti presque d’elle-même, et en quelques minutes on s’était garés au bord de la vieille ville, ayant complètement oublié qu’on avait ailleurs où être ce jour-là. Bale se dresse à l’intérieur des terres, sur une colline peu élevée du sud-ouest de l’Istrie, assez petite pour être parcourue d’un bout à l’autre en vingt minutes, mais chacune de ces minutes ne cessait de nous surprendre.
Le château Soardo-Bembo, c’est ce qui attire d’abord le regard. Il s’agit d’une résidence fortifiée d’époque vénitienne datant du XVe siècle, et ce qui m’a frappé, ce n’était pas seulement la façade de pierre patinée par le temps, mais le fait qu’elle soit encore habitée par des descendants de la famille qui l’a fait bâtir. Je me souviens d’être resté planté sous ses murs, à essayer d’expliquer à Lia à quel point ça me semblait étrange, moi qui viens d’un pays où les vieux bâtiments finissent généralement en musées, pas en foyers. On a continué à grimper vers le point le plus haut du village, où se dresse l’église Saint-Julien, veillant sur les toits, et on s’est assis un moment sur ses marches, simplement à écouter le silence.

Ce silence, pourtant, a sa propre bande-son. Bale est réputé localement comme un site de nidification pour les cigognes, et on a repéré au moins trois nids perchés sur des cheminées et des toits au cœur du vieux village, de grandes plateformes désordonnées de brindilles surmontées d’oiseaux immobiles, comme des sentinelles au-dessus du village. Lia a pris un nombre embarrassant de photos. On a déjeuné dans une petite konoba des environs, l’huile d’olive généreusement versée sur chaque plat, et j’ai compris pourquoi : les collines autour de Bale sont enveloppées d’oliveraies séculaires qui font toujours vivre l’économie locale, et ça se sent dans chaque bouchée.

Avant de repartir, on a marché au-delà des dernières maisons, jusque dans les oliveraies elles-mêmes, des troncs noueux alignés qui captaient la lumière de fin d’après-midi. C’est un village qui ne demande rien d’autre que de ralentir, ce qui, après l’agitation côtière de Rovinj, faisait l’effet du remède exact dont on avait besoin.
Quand y aller : Nous conseillons plutôt le printemps ou le début de l’automne, quand les températures rendent la promenade dans les ruelles de pierre et les oliveraies vraiment agréable, plutôt qu’une corvée en sueur.
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