La rivière Aras séparant l'Iran de l'Arménie près de Jolfa, avec des montagnes s'élevant sur les deux rives
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Jolfa

"Trois pays à portée de vue les uns des autres, et le poste-frontière le plus silencieux que j'aie jamais vu."

Une paisible ville frontière sur la rivière Aras où l'Iran, l'Arménie et l'Azerbaïdjan se touchent presque, et où un quartier arménien de jardins clos évoque une communauté bien plus vaste, disparue il y a des siècles.

Jolfa n’est pas un endroit autour duquel on planifie un voyage, et c’est exactement pour ça que je l’ai aimé. C’est une petite ville pressée contre la rivière Aras, la frontière naturelle avec l’Arménie, assez proche de l’exclave azerbaïdjanaise du Nakhchivan pour qu’un court trajet en voiture vous mette à portée de vue de deux autres pays à la fois. Nous y avons passé une seule nuit en route vers les monastères arméniens plus loin dans les montagnes, et avons fini par regretter de ne pas en avoir prévu deux.

La rivière comme frontière

Debout sur la rive iranienne au crépuscule, on peut voir les lumières s’allumer de l’autre côté de l’eau, en Arménie — une intimité étrange et silencieuse, vu à quel point peu de choses circulent réellement à travers cette ligne. Un propriétaire de maison d’hôtes m’a expliqué, autour d’un thé, que son grand-père traversait régulièrement pour le commerce avant que l’ère soviétique ne scelle la frontière pendant des décennies ; de nos jours, ce sont surtout des convois militaires et, à l’occasion, diplomatiques. La rivière elle-même est ici assez étroite et rapide pour que la baignade ne soit vraiment pas une option, mais marcher le long du chemin de la berge à l’heure dorée, avec les contreforts du Caucase qui s’élèvent des deux côtés, a été l’une des demi-heures les plus contemplatives de tout le voyage.

La gorge étroite de la rivière Aras divisant l'Iran et l'Arménie près du coucher du soleil, avec des versants abrupts de chaque côté

Le fantôme de l’ancienne Jolfa

Le nom de la ville porte plus d’histoire que sa taille actuelle ne le laisse deviner. L’ancienne Jolfa, à quelques kilomètres de là, fut autrefois un grand centre marchand arménien — si important que le Shah Abbas Ier en déplaça de force toute la population vers Ispahan en 1604 pour fonder la Nouvelle Djolfa, le quartier arménien où j’allais plus tard passer un après-midi à flâner, à des centaines de kilomètres au sud. Ce qui reste ici est plus modeste : quelques cimetières arméniens éparpillés, avec leurs khatchkars — ces pierres tombales en forme de croix richement sculptées, dont certaines datent de plusieurs siècles — dissimulés derrière de bas murs de pierre que la plupart des visiteurs dépassent en voiture sans même les remarquer.

Des khatchkars arméniens usés par le temps dans un vieux cimetière près de Jolfa

Une base, pas une destination

En pratique, Jolfa fait office de base logique pour passer la nuit avant de visiter le monastère de Saint-Étienne et Qareh Kelisa, tous deux à quelques heures de route plus loin dans les montagnes. La ville elle-même possède un modeste bazar, de bons kebabs, et des maisons d’hôtes tenues par des familles qui ont visiblement déjà accueilli quelques voyageurs étrangers égarés et savent exactement vers quel chauffeur de taxi les orienter.

Quand y aller : D’avril à juin ou de septembre à octobre, quand la vallée de la rivière est verte et les températures assez douces pour rendre les balades sur la berge vraiment agréables, ce qui justifie de s’y arrêter une nuit.