Orchha
"Orchha, c'est ce qui se passe quand une dynastie cesse de régner et qu'une rivière continue quand même de couler."
Une ville endormie des Bundela au bord de la rivière, où des cénotaphes de grès bordent la Betwa et où le coucher du soleil transforme toute la ligne d'horizon en silhouette.
Orchha figure à peine sur la plupart des itinéraires en Inde, coincée qu’elle est entre les noms plus connus de Khajuraho et de Gwalior, et c’est exactement cette omission qui rend le détour intéressant. Je suis descendu du train local dans une gare qui ressemblait davantage à un arrêt de village qu’à la porte d’entrée d’une ancienne capitale, et en dix minutes de marche à peine, je me tenais sous l’énorme Jahangir Mahal à moitié abandonné, presque sans personne alentour — une chose rare partout en Inde, et encore plus sur un site aussi architecturalement sérieux.
Les Rajputs Bundela ont fondé Orchha au seizième siècle sur une île rocheuse de la rivière Betwa, et le plan de la ville reflète encore une dynastie planifiant pour la postérité — palais, temples et un périmètre fortifié, tous construits dans le même grès chaud qui a pris avec le temps une couleur miel profonde. Le Jahangir Mahal lui-même a été construit par le Raja Bir Singh Deo pour accueillir l’empereur moghol Jahangir lors d’une visite unique et planifiée qui, selon la plupart des récits, n’a en réalité jamais eu lieu — un palais entier construit pour un invité qui n’y a peut-être jamais passé une seule nuit.
Des cénotaphes au bord de l’eau
Le vrai spectacle d’Orchha se trouve en aval, où une rangée de chhatris — les cénotaphes des rois Bundela — longe la berge de la rivière Betwa, chacun un mémorial en grès surmonté d’un dôme, marquant le lieu de crémation d’un souverain. J’ai traversé le vieux pont de pierre au crépuscule et j’ai regardé les tours passer du miel doré à la silhouette de charbon à mesure que le soleil descendait derrière elles, des aigrettes tournoyant au-dessus et venant se poser dans les dômes pour la nuit, la rivière coulant basse et lente sous les arches. C’est l’un des couchers de soleil les plus purement photogéniques que j’aie trouvés en Inde, et presque personne en dehors des voyageurs chevronnés d’Inde n’en a entendu parler.

Le temple de Ram Raja, au centre de la ville, a une particularité étrange : c’est le seul endroit en Inde où Ram est vénéré comme un roi plutôt que comme un dieu, avec une garde d’honneur de style policier et un salut au fusil pendant l’aarti du soir, une tradition liée à une légende selon laquelle l’idole aurait refusé de quitter ce qui devait à l’origine n’être qu’une résidence temporaire dans un palais. J’ai regardé la cérémonie depuis la cour bondée, des gardes en tenue cérémonielle présentant les armes à une divinité comme s’il s’agissait d’un membre visiteur de la royauté, ce qui, selon l’histoire, est précisément la façon dont la ville continue de le traiter.

Quand y aller : d’octobre à mars pour des soirées fraîches qui rendent la promenade au bord de la rivière au coucher du soleil réellement agréable. C’est une bonne étape pour une nuit entre Khajuraho et Gwalior ou Jhansi.