La flèche imposante du temple de Jagannath se découpant contre le ciel au-dessus de Puri
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Puri

"Je n'ai jamais ressenti une force de foule humaine comme au moment où ces cordes de char se sont tendues d'un coup."

Une ville de pèlerinage côtière en Odisha construite autour du temple de Jagannath, où un festival de chars sacrés attire un million de personnes et où la plage n'arrête jamais vraiment d'être sacrée.

Je suis arrivé à Puri par un train de nuit depuis Kolkata, et j’ai débarqué dans une ville qui sent simultanément le jalebi frit, le sel marin et l’encens — trois ingrédients qui, au final, définissent tout l’endroit. Le temple de Jagannath domine tout, sa flèche principale visible depuis presque toute la ville, couronnée du sudarshan chakra et d’un drapeau qui, selon la croyance locale, flotte toujours contre le vent plutôt qu’avec lui. Les non-hindous ne peuvent pas y entrer, et je suis resté longtemps devant la porte est à simplement observer le flot de pèlerins — pieds nus, couverts de guirlandes, certains ayant voyagé des jours en bus depuis des villages que je ne retrouverais jamais sur une carte — disparaître par l’entrée dans un courant régulier et sans hâte.

La plage de Puri s’étire, large et gris-doré, au sud du temple, une plage de travail plutôt que balnéaire, bordée de bateaux de pêche et, de temps en temps, d’un sculpteur de sable — l’Odisha produit certains des artistes du sable les plus célèbres d’Inde, et un petit musée en plein air près du rivage montre ce que ce médium peut donner entre des mains habiles. J’ai regardé des pêcheurs remonter un filet au crépuscule, toute la prise argentée se débattant dans la lumière déclinante, tandis que des pèlerins se baignaient à quelques centaines de mètres de là, traitant le même océan à la fois comme un gagne-pain et comme une eau sacrée, sans la moindre contradiction apparente.

Des bateaux de pêche alignés sur la plage de Puri au coucher du soleil, à marée descendante

Les chars qui font bouger une ville

Si vous pouvez caler une visite sur le Rath Yatra, faites-le, mais sachez à quoi vous vous engagez. Une fois par an, les divinités de Jagannath, Balabhadra et Subhadra sont sorties du temple et installées sur trois chars de bois immenses — le plus haut dépasse quatorze mètres, construit à neuf chaque année par les charpentiers du temple selon des techniques transmises depuis des siècles — puis tirées le long de la Grand Road par des milliers de fidèles à l’aide de cordes épaisses. Je me suis retrouvé pris dans la foule près de la porte du temple, l’année de ma visite, et quand les cordes se sont enfin tendues et que le char de Jagannath s’est ébranlé, le son qui est monté de la foule n’était pas tant une acclamation qu’une libération physique, quelque chose qui montait en pression dans la ville depuis des jours. C’est d’ailleurs l’origine du mot anglais « juggernaut » — tiré des premiers récits européens, parfois exagérés, sur la ferveur de la foule.

Loin du temple, Puri retrouve quelque chose de plus doux : le temple de Gundicha, destination symbolique de la « maison de jardin » des divinités pendant le Rath Yatra, des marchés tranquilles vendant les travaux d’appliqué dont l’Odisha est réputée, et de petits restaurants thali servant de la cuisine odia — le dalma, un ragoût de lentilles et légumes, et le pakhala, du riz fermenté servi froid pendant la chaleur brutale de la pré-mousson, un plat qui prend tout son sens une fois qu’on a sué un après-midi entier en Odisha.

Les chars de bois imposants du Rath Yatra tirés le long de la Grand Road de Puri par la foule

Quand y aller : juin ou juillet pour le Rath Yatra lui-même, si la foule ne vous dissuade pas — les dates changent selon le calendrier lunaire. D’octobre à février pour un temps de plage plus calme et plus frais.