Stone ramparts of Fort Jacques overlooking the forested hills above Port-au-Prince
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Fort Jacques

"Nous avons grimpé à travers les pins pour atteindre un fort bâti pour une guerre qui n'est jamais venue."

Une forteresse en ruine perchée sur les hauteurs au-dessus de Port-au-Prince, bâtie pour défendre la liberté d'une jeune nation et aujourd'hui silencieuse parmi les pins.

Lia et moi avons pris un chauffeur à Pétion-Ville, qui n’arrêtait pas de nous observer dans le rétroviseur, mi-amusé, quand nous lui avons demandé de nous emmener vers Kenscoff. La route grimpe vite hors de la ville, l’air se rafraîchit et s’allège à chaque virage, jusqu’à ce que Port-au-Prince, en contrebas, ne soit plus qu’une tache de toits en tôle et de brume. Le temps de descendre près du départ du sentier, j’avais presque oublié que nous étions encore dans le même pays où j’avais atterri ce matin-là : la chaleur avait cédé la place à quelque chose de presque alpin, des aiguilles de pin craquant sous nos pas au lieu de la poussière.

Fort Jacques a été construit entre 1804 et 1806, dans les années brutes et incertaines qui ont suivi l’indépendance d’Haïti, alors que le général Alexandre Pétion redoutait un retour des Français prêts à tout reprendre. Il le nomma en hommage à Jean-Jacques Dessalines, le chef révolutionnaire dont l’ombre plane encore sur tout le site. Debout entre les épais murs de pierre, je n’ai cessé de penser à la peur et à l’espoir qu’il a fallu pour ériger quelque chose d’aussi imposant, aussi vite, dans ces montagnes — et au fait qu’il n’a jamais tiré un seul coup de feu de sa vie. Ni Fort Jacques ni son voisin, Fort Alexandre, n’ont jamais été attaqués. Pétion abandonna les deux peu après, à la suite de l’assassinat de Dessalines en 1806, bien qu’il soit ensuite devenu le premier président d’Haïti.

Weathered cannon resting inside the stone walls of Fort Jacques

Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’abandon tranquille du lieu. Classé site du patrimoine national par décret présidentiel en 1995, Fort Jacques porte encore les cicatrices du séisme de 2010 : arches fissurées, murs penchés à des angles qui ont fait plus d’une fois agripper mon bras à Lia. Nous avons erré près de deux heures sans croiser un seul autre visiteur, à part quelques enfants du coin vendant des boissons fraîches près de l’entrée, aussi curieux de nous que nous l’étions du fort. Pas de guichet, pas de boutique de souvenirs, rien de poli dans tout cela. On avait moins l’impression d’un monument que d’un secret que la montagne continuait de garder.

Cracked archway inside Fort Jacques showing earthquake damage against a bright sky

Nous nous sommes assis sur un muret près du bord, regardant la vallée s’étendre vers les Caraïbes, et je me souviens que Lia a trouvé étrange de se tenir dans un lieu construit entièrement par crainte d’une invasion qui n’est jamais arrivée — un monument à une guerre restée hypothétique. Cette contradiction m’est restée depuis : tout ce travail, toute cette pierre hissée sur une montagne, montant la garde contre un fantôme. C’est l’un des endroits qui m’ont le plus touché, discrètement, en Haïti, précisément parce qu’il ne s’y est jamais rien passé de spectaculaire.

Quand y aller : Nous y sommes allés en février, en pleine saison sèche qui s’étend de décembre à mars, et le sentier était ferme et facile à parcourir ; je conseillerais de s’en tenir à ces mois-là, car la randonnée devient pénible dès que les pluies ramollissent les chemins de montagne.