Un homme debout au bord d'une falaise en Haïti, le regard perdu sur un vaste paysage vert qui déroule jusqu'à la mer des Caraïbes.

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Haïti

"Haïti m'a touché plus fort que n'importe quel autre endroit, et je n'étais pas prêt."

J’ai atterri à Port-au-Prince un mardi après-midi fin novembre, et l’air m’a frappé comme un mur — diesel, frangipanier, quelque chose en train de frire à proximité que je n’arrivais pas encore à identifier. La route depuis l’aéroport était le chaos dans ce qu’il a de meilleur : des tap-taps peints en néon et en versets bibliques, des vendeurs qui se faufilaient entre les voitures à l’arrêt avec des pyramides de mangues en équilibre sur la tête, un homme qui vendait des cigarettes à l’unité depuis un plateau accroché à son cou. J’avais tout lu sur Haïti avant de venir, et rien ne m’avait préparé à la densité du lieu, à la façon dont la vie y fonctionne à une fréquence qui fait paraître la plupart des autres destinations caribéennes comme des décors de mise en scène.

Le nord, c’est là que j’ai compris ce qu’est vraiment Haïti. Debout sur le versant sous la Citadelle Laferrière — cette forteresse absurde et magnifique qu’Henri Christophe a fait bâtir de ses mains et de celles de milliers d’autres — j’ai ressenti quelque chose que je ressens rarement devant les monuments historiques : du poids réel. Ce n’était pas une ruine emballée pour touristes. Les murs de pierre font trois mètres d’épaisseur. Les canons sont toujours là. La vue sur les vallées est vertigineuse. La montée depuis Milot prend environ une heure à cheval ou deux à pied, et le chemin traverse des bananeraies et croise des femmes qui portent du linge lavé sur la tête en sens inverse. Personne ne joue un rôle pour toi. L’endroit existe, tout simplement, indifférent à ton arrivée.

La nourriture a été l’autre révélation. Le griot — du porc frit mariné à l’orange amère et au scotch bonnet, servi avec du pikliz, cette salade vinaigrée de chou et de carottes que les cuisiniers haïtiens posent sur tout — est l’une des meilleures choses que j’aie mangées où que ce soit. Je l’ai goûté pour la première fois chez une femme qui cuisinait dans la cour de sa maison à Cap-Haïtien, le genre d’endroit sans enseigne, rien qu’une odeur qui vous cloue sur place. Le riz aux haricots cuit dans le lait de coco, appelé riz collé, accompagnait chaque repas et je ne m’en lassais pas. Le rhum haïtien — le Barbancourt en particulier — mériterait son propre paragraphe, mais je me contenterai de dire : bu sec, tard le soir, dehors.

Quand y aller : De novembre à mars, c’est la saison sèche, la plus agréable. Décembre et janvier offrent un soleil régulier dans le nord, autour de Cap-Haïtien et de la Citadelle. Évite septembre et octobre — la saison des ouragans atteint son pic et les routes de montagne deviennent impraticables. Les mois d’été sont chauds et humides, mais les prix baissent et la fréquentation fond à presque rien.

Ce que la plupart des guides ratent : Haïti n’est pas une zone sinistrée qui attend d’être plainte, ni une tragédie à observer depuis une distance confortable. Ce cadrage — qui domine la majeure partie de la couverture occidentale — aplatit un pays doté d’un art extraordinaire, d’une cuisine extraordinaire et d’une histoire qui devrait susciter quelque chose proche de la solidarité chez toute nation colonisée ou anciennement colonisée. L’instabilité est réelle et il faut vérifier les conditions sur place avant de partir. Mais traiter Haïti uniquement comme un sujet humanitaire est aussi une forme de violence. Vas-y pour la Citadelle, reste pour le griot, et reviens pour tout ce que tu as raté la première fois.