Rust-red sand beach with volcanic cliffs and a sea lion colony at Rabida Island
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Rabida Island

"Je suis descendu du panga sur un sable si rouge que j'ai cru avoir atterri sur une autre planète, et une otarie s'est mise à aboyer parce que je me tenais là où elle voulait bronzer."

Une île minuscule où le sable a la couleur du sang séché et où les otaries font la sieste dans le ressac comme si l'endroit leur appartenait, ce qui est le cas.

Personne ne vous prévient que le sable aura cette couleur-là. J’avais vu des photos avant notre départ, bien sûr, mais les photos aplatissent tout en une sorte de terracotta élégante, et la réalité à Rabida se rapproche plutôt du sang séché, ou de la rouille laissée sous la pluie pendant dix ans. Cela vient de la forte teneur en fer de la roche volcanique, et l’île entière semble construite avec les restes d’un vieux fourneau. Lia s’est accroupie pour laisser filer une poignée de sable entre ses doigts environ trente secondes après avoir débarqué, exactement ce que j’aurais fait si elle ne m’avait pas devancé.

Nous étions venus de Santa Cruz sur un petit voilier pendant la nuit, si bien que nous sommes arrivés à Rabida un peu barbouillés et pas vraiment préparés à voir à quel point cet endroit est petit — on peut faire le tour complet en moins d’une heure. Mais cette petitesse est justement l’essentiel. Il y a un lagon juste derrière la plage où des flamants pataugent parfois, roses contre le sable rouge et l’eau d’un turquoise improbable, et c’est une combinaison de couleurs si particulière que j’ai passé mon temps à essayer de prendre une photo qui lui rende justice, sans jamais y arriver.

Flamingos wading in a lagoon behind the red sand beach on Rabida Island

Les vrais résidents ici, ce sont les otaries, pas nous. Il y a une colonie installée directement sur la plage principale, et notre guide nous a demandé de garder nos distances, mais la « distance raisonnable » aux Galápagos est un concept relatif — elles n’ont pas l’air de connaître la règle ni de s’en soucier, si bien qu’un petit vient parfois se dandiner jusqu’à vos pieds pour inspecter vos sandales. Un mâle énorme, manifestement indifférent à notre présence, a passé toute la visite affalé sur le meilleur coin d’ombre comme un oncle éméché lors d’un barbecue de famille, poussant de temps en temps un rugissement adressé à personne en particulier.

Nous avons fait du snorkeling au large de la pointe où les falaises plongent dans l’eau, et c’est là que Rabida cesse d’être mignonne pour devenir vraiment grisante — la visibilité était bonne ce jour-là et j’ai vu une otarie filer sous l’eau comme une torpille, tournant et virevoltant juste pour frimer, visiblement ravie que je n’arrive pas à la suivre. Des pélicans plongeaient depuis les airs au même moment, si bien qu’il y avait ce trafic vertical d’animaux frappant l’eau dans les deux sens pendant que j’essayais simplement de ne gêner personne.

Snorkeler swimming near red volcanic cliffs off the coast of Rabida Island

Ce qui m’est resté après coup, ce n’est pas un seul moment spectaculaire mais la densité de tout ça condensée sur une si petite surface — falaises, lagon, colonie, récif, tout à dix minutes de marche les uns des autres. On avait l’impression que les Galápagos tenaient dans une seule après-midi, le genre d’étape qui fait comprendre pourquoi Darwin a eu besoin de plus d’une île pour étayer sa théorie, parce que même celle-ci, à elle seule, fait déjà six choses différentes à la fois.

Quand y aller : Visitez entre juin et novembre, quand l’eau est plus fraîche mais plus claire pour le snorkeling, et que les flamants sont plus régulièrement présents dans le lagon.