Dense equatorial rainforest canopy along the Ivindo River in Gabon
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Parc national de l'Ivindo

"Il y a des lieux qu'on ne visite pas, mais où l'on est reçu en audience."

Une étendue de forêt sans routes où les éléphants de forêt se rassemblent dans une clairière secrète et une rivière gronde sur des chutes ancestrales.

Je l’avoue, il m’a fallu presque un an de projets à moitié aboutis avant que Lia et moi finissions vraiment par nous rendre à l’Ivindo. Ce n’est pas un endroit qu’on décide de voir un mardi, comme ça, en passant. On prend le train jusqu’à la gare d’Ivindo, et à partir de là, la route cesse tout simplement d’exister — tout ce qui suit se fait en pirogue et à pied, guidé par des hommes qui connaissent les humeurs de la rivière mieux que les leurs. Assis dans cette pirogue creusée, à regarder la forêt se refermer sur les deux rives, je me souviens avoir pensé que c’était le premier voyage depuis des années où je n’avais absolument aucune idée de ce à quoi ressembleraient les trois jours suivants. Rien que pour cette sensation, ça valait le déplacement.

Le parc lui-même est immense — environ 3 000 kilomètres carrés de forêt équatoriale ininterrompue dans le nord-est du pays — et il n’a été érigé en parc national qu’en 2002, l’un des treize créés d’un seul coup par Omar Bongo. Ce qui m’a le plus frappé, c’est à quel point cette protection est récente comparée à l’ancienneté que dégage la forêt. Nous avons passé un long après-midi moite à marcher vers la Langoué Baï, cette clairière forestière que le scientifique américain Mike Fay a découverte par hasard lors de son légendaire Megatransect à travers l’Afrique centrale. Notre guide nous a fait attendre, dans un silence total, à la lisière des arbres. Et puis ils sont arrivés : des éléphants de forêt avançant avec une sorte d’assurance tranquille, des gorilles à l’orée du bois, et un sitatunga pataugeant dans la boue riche en minéraux comme s’il était chez lui.

Forest elephants gathered at the edge of the Langoué Baï clearing at dusk

Deux jours plus tard, nous atteignions l’autre raison qui pousse les gens à entreprendre ce voyage : les chutes de Kongou, où la rivière Ivindo se déverse en une série de cascades si larges que je les ai comparées, à voix haute, à certaines sections du Zambèze — et notre guide s’est contenté d’acquiescer, comme s’il avait déjà entendu ça. Le grondement vous parvient avant même les chutes, ce rugissement sourd à travers les arbres qui s’amplifie à chaque pas. Lia et moi nous sommes assis sur une corniche rocheuse au-dessus des embruns pendant ce qui a semblé une heure, sans beaucoup parler, mangeant des tranches de mangue emportées depuis le dernier campement et regardant la lumière changer sur l’eau.

Kongou Falls cascading across the wide bed of the Ivindo River

Ce qui me revient sans cesse, des mois plus tard, c’est à quel point l’Ivindo n’a rien été pensé pour les visiteurs. Pas de passerelle en bois, pas de plateforme d’observation, pas de boutique de souvenirs à l’arrivée. On gagne chaque heure qu’on y passe, et je crois que c’est précisément pour ça que ce lieu ne nous quitte plus.

Quand y aller : Privilégiez les périodes les plus sèches, de juin à août ou de décembre à janvier, quand le niveau de la rivière et l’état des sentiers rendent la traversée bien plus praticable.