Close-up of an African elephant emerging from dense green rainforest foliage, photo by Anthony Desrochers

Afrique

Gabon

"Le pays qui a choisi ses forêts plutôt que ses touristes, et qui a eu raison."

J’ai atterri à Libreville au crépuscule, et ce que j’ai remarqué en premier, c’est l’odeur — chaude, végétale, presque physique, le genre d’air qui arrive comme un rappel que l’on se trouve quelque part plus proche de la logique brute de l’équateur que de quoi que ce soit décrit dans un guide de voyage. La ville est posée sur l’Atlantique, basse et un peu brouillonne, avec un front de mer qui regarde vers rien d’autre que l’océan. Personne à l’aéroport n’a essayé de me vendre un circuit. Personne ne m’a tendu un flyer. Il m’a fallu un moment pour comprendre que c’était là, précisément, tout le propos du Gabon.

Le pays a fait un choix délibéré et extraordinaire : les revenus pétroliers financent l’État, si bien que le gouvernement n’a jamais eu à construire une économie touristique autour de son patrimoine naturel. Résultat : environ 11 % du territoire national est classé en zone protégée — Lopé, Moukalaba-Doudou, Pongara, Ivindo — et la plupart de ces espaces ne reçoivent presque aucun visiteur. Dans le Parc National de la Lopé, classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, on peut rouler des heures à travers un paysage qui passe de la savane à la dense forêt du Bassin du Congo avec une brutalité qui me surprend encore. Les éléphants de forêt — plus petits, plus velus, vraiment différents des géants de la savane — traversent les sous-bois avec l’indifférence de ceux qui n’ont jamais été chassés. Les mandrilles montrent leurs visages improbables à travers la canopée. Aux Chutes Kongou, la rivière Ivindo dégringole dans une gorge de basalte avec un grondement qu’on ressent dans le sternum, et personne ne vend quoi que ce soit aux alentours.

La côte atlantique est l’endroit où le Gabon ouvre une autre pièce. Depuis Mayumba, au sud, des tortues luth de la taille d’une table basse se hissent sur la plage la nuit entre octobre et mars — l’une des plus grandes concentrations de ponte au monde. Les plages de Pongara, juste de l’autre côté de l’estuaire depuis Libreville, sont bordées de forêt primaire. Des baleines à bosse passent à portée du rivage entre juillet et septembre. Je les ai regardées depuis la plage avec deux autres personnes, ce qui m’a semblé être une erreur dans l’arithmétique du monde — il devrait y avoir une liste d’attente pour ça.

Quand y aller : Juin à septembre pour la saison sèche, quand les pistes forestières sont praticables, l’observation des baleines sur la côte et les meilleures conditions pour voir la faune à Lopé. Octobre à mars pour la ponte des tortues luth à Mayumba et le vert luxuriant du pic de la saison des pluies, bien que certaines pistes des parcs deviennent difficiles. Éviter avril et mai — les pluies les plus intenses rendent les déplacements à l’intérieur du pays véritablement compliqués.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent le Gabon comme une destination réservée aux grandes fortunes, et si certains lodges sont chers, ce cadrage passe à côté de l’essentiel. La vraie barrière n’est pas le coût — c’est l’infrastructure et l’absence d’un chemin bien balisé à suivre. Le Gabon exige qu’on planifie avec soin, qu’on accepte l’inconfort et qu’on voyage sans les garde-fous d’une industrie touristique. En échange, on obtient des rencontres avec une faune et des paysages que la plupart des pays africains ont bradés il y a des décennies. Ce n’est pas une expérience de voyage de niche. C’est la chose la plus rare du continent.