Les chutes de Kongou tonnant sur de la roche basaltique noire dans une vaste gorge de jungle, entourées d'une dense forêt équatoriale
← Gabon

Chutes de Kongou

"Le brouillard m'a frappé le visage avant même que j'entende les chutes — la forêt absorbait le son depuis tout ce temps."

Le fleuve Ivindo plonge dans une gorge de basalte avec un grondement qu'on ressent avant de l'entendre, et pas un seul stand de rafraîchissements en vue.

Arriver aux chutes de Kongou demande un engagement qui filtre presque tout le monde. On voyage d’abord jusqu’à Makokou, une ville du nord-est du Gabon qui s’étend dans une clairière forestière et fonctionne à son propre rythme lent, et de là on prend une pirogue en remontant l’Ivindo — une heure ou plus selon le niveau de l’eau et l’humeur du moteur — jusqu’à ce que le son commence. Pas un grondement au début. Plutôt une fréquence. Une vibration dans l’air vers laquelle les arbres de la forêt semblent se pencher, comme s’ils la ressentaient aussi.

L’Ivindo est une eau noire, teintée par les tanins de la végétation en décomposition, et elle avance avec une détermination qui semble presque consciente. Des martins-pêcheurs travaillent les berges. Parfois un balbuzard se lève d’une branche morte et disparaît dans le couvert. Le batelier coupe le moteur à un certain méandre et on l’entend correctement : une percussion grave et insistante qui monte sous les sons des oiseaux, sous la toux mourante du moteur, jusqu’à ce que quand la pirogue touche la berge, cela emplit tout.

Le fleuve Ivindo dans le calme de l'eau noire juste au-dessus des chutes de Kongou, dense forêt équatoriale reflétée en surface

Les chutes de Kongou ne sont pas les plus hautes d’Afrique, mais elles comptent parmi les plus dramatiques dans ce qu’elles suggèrent sur l’échelle. L’Ivindo — déjà un fleuve considérable — plonge sur une série de paliers de basalte dans une gorge taillée dans la roche sombre, et l’eau devient blanche puis explose en embruns qui dérivent en remontant le fleuve comme une fine brume froide. On se tient au belvédère sur la roche mouillée et la bruine trempe la chemise en quelques minutes, et le son — que je ne peux décrire que comme un grondement continu à spectre complet qui occupe simultanément chaque registre de l’ouïe — rend la conversation impossible et la pensée légèrement difficile.

Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’absence de quoi que ce soit de construit pour en faire l’expérience. Pas de plateforme avec des garde-corps. Pas de café vendant des boissons fraîches à prix gonflés. Pas de panneau expliquant l’importance géologique. Juste les chutes, la roche noire, la brume et la forêt ininterrompue s’étendant dans toutes les directions jusqu’à l’horizon.

Embruns s'élevant des chutes de Kongou vers le couvert de la forêt tropicale, éclairés en contre-jour par la lumière équatoriale filtrée

Le Parc National de l’Ivindo qui entoure les chutes abrite également le Langoué Bai — une clairière forestière naturelle où des éléphants de forêt, des bongos, des sitatungas et des gorilles de plaine de l’Ouest se rassemblent pour boire une eau riche en minéraux. Y accéder nécessite du temps et une logistique supplémentaires, mais pour ceux qui font l’effort, le bai est le genre de rencontre avec la faune qui réajuste votre sens de ce que le monde naturel contient encore.

Quand y aller : Juillet et août sont la période idéale — la courte saison sèche maintient le fleuve navigable et les sentiers dégagés. Les chutes fonctionnent toute l’année mais sont les plus spectaculaires de novembre à janvier quand les précipitations atteignent leur pic et que l’Ivindo coule à plein débit. Les voyages en saison des pluies sont possibles mais nécessitent de la flexibilité et une tolérance pour la boue. Il est fortement conseillé de recruter un guide par l’intermédiaire des bureaux de conservation basés à Makokou ; ce n’est pas un endroit où la balade indépendante se termine bien.