L'arc romain en pierre usée de Carpentras se dressant à côté de la cathédrale dans la vieille ville
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Carpentras

"Derrière la porte la plus quelconque de la rue se cache une synagogue plus ancienne que la plupart des cathédrales que j'ai visitées en France."

Une ville de marché où se cache, derrière une porte des plus banales, la plus ancienne synagogue encore en activité de France, et un marché du vendredi qui, en hiver, sentait si fort la truffe que j'ai suivi mon nez avant de trouver l'étal.

Carpentras ne s’annonce pas comme le font Avignon ou Arles, et c’est exactement pour ça que je l’ai aimée. La ville fut la capitale historique du Comtat Venaissin, un territoire pontifical administré depuis Avignon pendant près de cinq siècles, et c’est ce statut juridique singulier qui explique le monument le plus surprenant de la ville : une synagogue, cachée derrière une porte sans enseigne juste à côté de la place Maurice Charretier, en usage continu depuis les années 1360 et la plus ancienne de France encore en activité aujourd’hui. Les communautés juives étaient tolérées ici sous l’autorité pontificale d’une manière qu’elles ne l’étaient pas dans le reste du royaume, et la présence discrète, presque effacée, du bâtiment dans la rue est une trace physique de cette histoire — pas de grande façade, juste une entrée modeste qui descend vers un bain rituel et monte vers un sanctuaire doré du dix-huitième siècle.

Une synagogue, un arc romain et une cathédrale, à quelques minutes à pied

Quelques rues plus loin se dresse l’Arc Romain, un arc de triomphe du premier siècle qui précède la synagogue de plus de mille ans et qui se retrouve aujourd’hui à moitié englouti par le palais archiépiscopal bâti plus tard tout autour — il faut s’approcher tout près de la base pour voir ses reliefs usés de captifs enchaînés, l’un des plus anciens monuments romains de cette partie de la Provence. La cathédrale Saint-Siffrein, juste à côté, a sa propre curiosité, une porte latérale connue sous le nom de Porte Juive qui aurait servi aux convertis juifs venant se faire baptiser, un détail qui donnait l’impression que toute la ville racontait tout bas des siècles de coexistence et de pression à la fois. On a fait le tour des trois en moins d’une heure et on a eu l’impression d’avoir couvert plus d’histoire que la plupart des excursions d’une journée.

L'entrée discrète, au niveau de la rue, de l'historique synagogue de Carpentras

La saison de la truffe transforme le marché en théâtre

Carpentras tient un marché du vendredi agréable toute l’année, mais de fin novembre à mars, il devient l’un des marchés à la truffe les plus sérieux de France, où se négocie la truffe noire Tuber melanosporum récoltée dans les chênaies du Vaucluse environnant. On y est arrivés en janvier, un peu sur un coup de tête, après en avoir entendu parler par un vigneron de Séguret, et la halle couverte dégageait déjà dans la rue cette odeur de truffe terreuse, presque gazeuse et reconnaissable entre toutes, avant même qu’on ait aperçu un seul étal. Les acheteurs — restaurateurs, courtiers, quelques messieurs âgés à l’air très sérieux — inspectaient les lots avec la gravité d’une bourse aux valeurs. On a acheté une petite truffe qu’on n’avait absolument pas les moyens de se payer et on l’a mangée le soir même, en copeaux sur des œufs, ce qui m’a paru le juste usage de tout ce détour.

De petites truffes sombres exposées sur un étal du marché de Carpentras en pleine saison hivernale

Quand y aller : Le vendredi matin toute l’année pour le marché général, mais de fin novembre à mars si la saison de la truffe est le but du voyage — réservez une table quelque part où l’on acceptera de cuisiner ce que vous achetez, parce que nous, on n’avait pas poussé la réflexion jusque-là.

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