Les falaises de craie et la plage de galets de Dieppe avec le château-musée dressé sur le promontoire au-dessus de la ville
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Dieppe

"Cette côte compte beaucoup de mémoriaux du Débarquement. Dieppe est celui qui se souvient d'un échec."

La plus ancienne station balnéaire de Normandie, un port de la Manche toujours en activité, et le site marqué par un raid de 1942 qui a coûté plus de vies en une seule matinée que presque n'importe où ailleurs sur cette côte.

Dieppe est assez loin à l’est pour à peine faire partie, dans l’imaginaire collectif, de la Normandie qu’on associe aux plages du Débarquement, plus proche de la traversée de la Manche vers l’Angleterre que d’Omaha ou d’Utah. Nous sommes montés depuis Rouen pour la journée, surtout pour les fruits de mer, et nous sommes repartis en ayant beaucoup plus pensé à 1942 que prévu.

La plus ancienne station de la Manche, et un commerce de coquilles Saint-Jacques à sa hauteur

Dieppe revendique, non sans contestation mais avec ténacité, le titre de première station balnéaire de France — les Parisiens à la mode venaient déjà s’y baigner dès les années 1820, des décennies avant même que Deauville ou Trouville n’existent en tant que stations, et sa longue plage de galets bordée de grandes façades du XIXe siècle garde cet air un peu formel, à l’ancienne, bien loin du glamour plus récent qu’on trouve plus loin sur la côte. C’est aussi, sans aucun glamour mais bien plus utilement, un port de pêche et de traversée en activité, et sa flotte coquillière est l’une des plus importantes de France — la ville organise chaque année en novembre une fête de la coquille Saint-Jacques, et même en dehors de cette période, les étals et restaurants du port en servent de si fraîches et si simplement préparées que nous avons fini par en manger deux jours de suite, sans le moindre regret.

Coquilles Saint-Jacques et fruits de mer frais exposés sur un étal du port de Dieppe

Un raid qui a mal tourné, et une ville qui s’en souvient

Le matin du 19 août 1942, plus de six mille soldats alliés, en majorité canadiens, ont débarqué sur les plages de Dieppe lors d’un raid de grande envergure destiné à tester les défenses côtières allemandes avant une future invasion. L’opération a mal tourné : exposées sur des galets à découvert, sous des positions de tir installées en haut des falaises, les troupes ont subi des pertes catastrophiques en quelques heures à peine, avec bien plus de la moitié des soldats canadiens débarqués tués, blessés ou capturés. Les leçons tirées, aussi brutales soient-elles, sont largement reconnues comme ayant façonné la planification qui a rendu le véritable Débarquement, deux ans plus tard, bien mieux préparé. Le cimetière militaire de Dieppe, à la sortie de la ville, abrite des centaines de tombes canadiennes, et le Château-Musée perché sur la falaise, un château du XVe siècle dominant la plage, conserve des objets et photographies du raid aux côtés de ses collections plus anciennes d’ivoires sculptés, une juxtaposition étrange mais honnête entre la longue histoire de la ville et une matinée catastrophique.

Le château-musée du XVe siècle perché sur la falaise de Dieppe surplombant la plage où s'est déroulé le raid de 1942

Quand y aller : Venez en novembre pour la fête de la coquille Saint-Jacques si les fruits de mer vous attirent, ou en août autour du 19 si vous voulez assister aux cérémonies commémoratives du raid.

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