Le wagon rouge d'époque du Tramway du Mont-Blanc, train à crémaillère, gravissant une voie alpine escarpée au-dessus de Saint-Gervais-les-Bains
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Saint-Gervais-les-Bains

"Tout le monde photographie le Mont Blanc depuis Chamonix. Moi, je l'ai préféré du côté qui ignore qu'il est célèbre."

La ville thermale d'où l'on grimpe vers le Mont Blanc à bord d'un train à crémaillère centenaire, du côté que personne ne photographie, avant de plonger les jambes fatiguées dans des sources chaudes plutôt que dans un bain de glace.

Nous avions déjà passé quelques jours à Chamonix, du côté carte postale du Mont Blanc, quand un ami français nous a dit qu’on s’y prenait mal — que la montagne a un autre visage, accessible depuis Saint-Gervais-les-Bains, de l’autre côté du massif, et que presque personne ne s’y attarde parce que Chamonix a raflé toute la notoriété. Avec Lia, nous avons roulé jusque-là le lendemain matin, surtout pour lui prouver qu’il avait tort. Nous lui avons donné raison en moins de deux heures.

Un chemin de fer construit pour prouver quelque chose

Saint-Gervais est le point de départ du Tramway du Mont-Blanc, un train à crémaillère lancé en 1904 avec l’ambition, franchement absurde, d’atteindre le sommet même du Mont Blanc par la voie ferrée. Il n’y est jamais arrivé — le chantier s’est arrêté à mi-parcours, vaincu par la montagne même qu’il tentait de conquérir — mais la ligne existante grimpe jusqu’au Nid d’Aigle, à plus de 2 300 mètres, et reste le train à crémaillère le plus haut de France. Le prendre dans ses wagons rouges lents et bringuebalants, voir la forêt de pins céder la place à la roche nue puis aux glaciers du massif de Bionnassay emplissant les vitres, c’était comme voir défiler en un seul trajet toute la confiance technique du XIXe siècle et ses limites.

Les wagons rouges du Tramway du Mont-Blanc grimpant au-dessus de la limite des arbres avec des sommets glaciaires au loin

Depuis le terminus du Nid d’Aigle, la vue porte sur le glacier de Bionnassay et le versant occidental du massif du Mont Blanc, bien moins photographié — pas de foules du téléphérique de l’Aiguille du Midi, pas de queue pour les selfies, juste une poignée de randonneurs montant vers le refuge de Tête Rousse et la voie normale vers le sommet. C’est, sans exagérer, l’une des plus belles vues que j’aie eues de cette montagne, et nous partagions le quai avec une quinzaine de personnes tout au plus.

De l’eau chaude au pied d’une montagne froide

Ce qui différencie Saint-Gervais d’un simple détour panoramique, c’est qu’elle possède ses propres sources thermales, découvertes et exploitées depuis le XVIIIe siècle dans les gorges du Bon Nant, en contrebas du village. Les Thermes de Saint-Gervais puisent toujours dans la même eau minérale sulfatée, et après une longue journée en montagne, nous nous sommes glissés dans un bassin extérieur construit à même la gorge rocheuse, la neige visible sur les sommets au-dessus de nous à travers la vapeur. Jambes fatiguées, eau minérale et vue sur la montagne que nous venions de gravir — difficile d’imaginer meilleure façon de terminer une journée de marche.

De la vapeur s'élevant d'un bassin thermal extérieur aux Thermes de Saint-Gervais, installé dans une gorge rocheuse dominée par les montagnes

Le village lui-même est plus petit et plus tranquille que Chamonix, bâti autour d’un cœur belle époque qui a grandi précisément autour de cette combinaison de cure thermale et d’accès à la montagne, et il a conservé ce caractère un peu suranné et sans hâte, même quand le tramway et les remontées mécaniques ont fini par attirer toujours plus de monde.

Quand y aller : de juillet à septembre pour le tramway et les vues dégagées de haute montagne, car la section supérieure peut rester enneigée hors saison estivale. Les thermes fonctionnent toute l’année et sont sans doute encore meilleurs en hiver, quand le contraste entre l’eau chaude et l’air froid est le plus saisissant et que la foule se fait plus rare.

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