The triple-span Trepponti bridge over Comacchio's canals at dusk
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Comacchio

"Tout le monde nous disait que c'était une petite Venise. Comacchio n'avait pas besoin de la comparaison — elle avait sa propre magie tranquille, parfumée de sel."

Une cité lagunaire de treize îles et de ponts de pierre, où l'on affine l'anguille depuis des siècles et où les flamants roses arpentent des eaux teintées de rose.

J’avoue qu’on a failli passer à côté de Comacchio. On roulait depuis Ferrare vers la côte, et c’est Lia qui l’a repérée sur la carte, nichée dans le delta du Pô, en disant qu’il fallait faire le détour. Dix minutes à peine après nous être garés, on se tenait sous le pont Trepponti, cette extraordinaire structure à trois volées d’escaliers achevée en 1638, et je me souviens m’être simplement tourné vers elle en riant — ce rire qui sort quand un endroit est si inattendument beau qu’on ne sait plus quoi faire d’autre. Cinq volées de marches en pierre convergent vers une plateforme centrale unique au-dessus du canal, et les habitants la traversaient comme si de rien n’était, en allant acheter leur pain.

On a passé l’après-midi à flâner dans le centre historique, effectivement construit sur treize petites îles reliées entre elles par des ponts, et je me surprenais sans cesse à faire cette comparaison avec Venise que tout le monde déconseille — sauf qu’ici les canaux semblaient réellement habités plutôt que mis en scène pour les touristes, du linge suspendu au-dessus de l’eau, de vieux messieurs pêchant depuis les ponts bas, sans rien d’autre à faire ce jour-là.

Fishermen's cottages on stilts along the Comacchio lagoon at sunset

Le lendemain matin, on est partis à la recherche de la Manifattura dei Marinati, cette usine de salaison d’anguille du XVIIe siècle encore ouverte aux visiteurs, et c’est là que toute l’identité de Comacchio a pris son sens pour moi. Cette ville vit de la pêche à l’anguille depuis des siècles — les lagunes saumâtres alentour s’y prêtent parfaitement — et à l’intérieur de ce long bâtiment sombre, qui sentait la fumée et la saumure, on voit encore les cuves et les grils qui servaient à préparer la pêche avant son expédition. J’ai acheté un petit pot d’anguille marinée dans une boutique voisine, plus par curiosité que par faim, et j’ai fini par le terminer sur un banc au bord du canal, pendant que Lia me piquait des bouchées qu’elle jurait ne pas vouloir.

A canal-side street in Comacchio's historic center lined with pastel houses

Ce qui m’a le plus surpris, pourtant, c’est la lagune elle-même. On a loué des vélos et longé l’eau jusque dans le Parc régional du delta du Pô, et quelque part après les anciens marais salants, on a aperçu nos premiers flamants roses — tout un ruban rose sur fond de roseaux gris-vert, parfaitement indifférents à notre présence. Je m’attendais à des ponts médiévaux et des ateliers d’anguille. Je ne m’attendais pas à me retrouver dans une zone humide à regarder des flamants s’alimenter, comme si on avait atterri dans un tout autre pays.

Quand y aller : octobre et novembre apportent la migration de l’anguille, quand les traditions de pêche lagunaire semblent les plus vivantes, tandis que le printemps reste le meilleur moment si l’on vient pour les flamants roses et la faune plus large du delta du Pô.