Terraced travertine waterfalls of Skradinski buk cascading through green forest at Krka National Park
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Parc national de Krka

"Nous sommes venus pour les cascades, et nous sommes restés pour le silence entre elles."

Des cascades de travertin qui dévalent un canyon calcaire, un monastère sur une île et des ruines romaines cachées dans les pins au-dessus de la rivière Krka.

J’avoue avoir failli faire l’impasse sur Krka. Après que les photos de Plitvice ont envahi tous les groupes de discussion sur la Croatie, je m’étais dit qu’une cascade en valait une autre. J’avais tort, et je l’ai compris en dix minutes à peine, en marchant sur la passerelle qui descend vers Skradinski buk. Ici, les chutes ne tombent pas d’une falaise lointaine : c’est tout un système en terrasses, des dizaines de petites cascades qui dévalent un travertin que la rivière elle-même a construit, couche après couche, pendant des milliers d’années. Lia s’est arrêtée deux fois rien que pour regarder, et ce n’est pourtant pas quelqu’un qui s’arrête en chemin.

Nous logions à Skradin, la petite ville au bord de la rivière qui donne son nom aux plus grandes chutes, et nous avons pris le bateau du parc depuis là tôt le matin. Cette traversée valait déjà le déplacement à elle seule : la Krka s’élargit, presque comme un lac, avant d’atteindre Skradinski buk, lisse comme du verre, avec des hérons qui se faufilent entre les roseaux. J’ai mangé un burek à un stand près de l’entrée pendant qu’on attendait d’embarquer, encore chaud, le fromage qui coulait sur le côté, et ça reste un de mes petits-déjeuners préférés, de ceux qui n’ont l’air de rien mais qui font tout, de tout notre séjour en Dalmatie.

Wooden boardwalk winding through the terraced waterfalls at Skradinski buk in Krka National Park

Ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’on ne peut plus nager au pied des chutes aujourd’hui : c’était apparemment autorisé pendant des décennies, mais le parc l’a interdit en 2021, car tous ces corps dans l’eau érodaient les formations de travertin qui font la particularité du lieu. Je comprends, même si certaines photos plus anciennes qu’on trouve encore en ligne montrent des foules s’éclaboussant juste sous les cascades. Nous avons plutôt pris un second bateau vers l’île de Visovac, où un monastère franciscain se dresse depuis le XVe siècle, petit, blanc et d’une paix improbable au milieu du cours calme de la rivière. Un moine en sandales nous a salués d’un signe de tête pendant qu’on flânait dans le jardin du cloître, et ni l’un ni l’autre n’avons dit grand-chose au retour : certains endroits appellent simplement le silence.

Franciscan monastery on Visovac Island surrounded by the calm waters of the Krka River

Nous ne sommes pas allés jusqu’à Burnum, les ruines romaines nichées plus loin dans le parc où l’on peut encore marcher parmi ce qu’il reste d’un amphithéâtre militaire, mais un couple rencontré sur le bateau en revenait justement ce matin-là, couvert de poussière et enthousiaste, décrivant l’endroit comme la moitié oubliée de Krka. La prochaine fois, ai-je dit à Lia, on consacre deux jours entiers à ce parc plutôt qu’un seul.

Quand y aller : Nous y sommes allés à la fin du printemps, et je conseillerais volontiers mai ou juin à quiconque : l’eau dévalait avec force sur chaque terrasse, la forêt autour des chutes affichait ce vert d’une saturation presque irréelle, et nous avons quand même devancé la vague de cars touristiques qui, paraît-il, transforme les passerelles en file d’attente traînante dès le mois de juillet.