Colorful harborfront houses overlooking the Fowey estuary with boats moored below
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Fowey

"Fowey est de ces villes où l'on perd tout un après-midi à regarder la marée se disputer avec elle-même."

Un port escarpé et secret sur une rivière soumise aux marées, où bateaux de pêche, fantômes de du Maurier et vapeur de pasties emplissent les ruelles.

Nous sommes arrivés à Fowey presque par hasard : Lia avait lu quelque part une ligne sur Daphne du Maurier et avait décidé qu’il fallait absolument voir l’endroit qui la hantait. Je ne m’attendais pas à des rues si étroites qu’il fallait rentrer le ventre pour laisser passer une camionnette de livraison, ni si pentues que mes mollets se plaignaient déjà avant même qu’on ait trouvé notre chambre d’hôtes. Mais c’est ça, Fowey : une ville construite à flanc de colline au-dessus de son propre port, où chaque ruelle semble te ramener vers l’eau, que tu le veuilles ou non.

L’estuaire, au fond, c’est tout le récit de cet endroit. L’étain et l’argile de Chine quittaient autrefois ce port pour on ne sait où, et on sent encore cette énergie de port de travail, même si aujourd’hui ce sont surtout des voiliers et des bateaux de pêche. Nous nous sommes assis sur un banc près du quai avec des pasties encore trop chauds pour être tenus correctement, à regarder un petit ferry traverser vers Polruan, sur la rive d’en face, et je me souviens avoir pensé que la rivière ressemblait moins à une rivière qu’à une faille séparant deux moitiés très têtues d’une même ville.

Narrow cobbled street in Fowey lined with pastel-painted cottages leading down to the harbor

Nous avons grimpé jusqu’à St Fimbarrus un matin gris, surtout pour échapper à une bruine qui ne se décidait jamais tout à fait à devenir une vraie pluie. L’église date en grande partie des XIVe et XVe siècles, et debout à l’intérieur, dans cette pierre froide, j’ai enfin compris pourquoi les Cornouailles avaient tant fortifié cette côte : le château de St Catherine’s veille encore sur l’embouchure de l’estuaire depuis son promontoire, rappel que les Français venaient autrefois razzier ces rivages plus d’une fois. Lia, elle, s’intéressait surtout à traquer les traces de du Maurier, qui vivait tout près, à Menabilly, la maison bien réelle derrière la Manderley fictive de Rebecca. Nous n’avons pas réussi à voir la maison elle-même, mais le simple fait de la savoir cachée quelque part dans les bois au-dessus de nous a donné à toute la ville une légère résonance gothique pour le reste de la journée.

View of St Catherine's Castle ruins on the headland above the Fowey estuary

Le soir venu, nous avons trouvé un petit pub avec une table près de la fenêtre, donnant sur l’eau, et j’ai commandé un sandwich au crabe auquel je repense encore parfois. Fowey n’est pas un grand endroit — on peut en faire le tour en une heure sans s’arrêter — mais elle récompense la lenteur, comme le font souvent les villes construites autour des marées.

Quand y aller : Nous aimerions revenir en mai, pour le Festival des Arts et de la Littérature Daphne du Maurier, quand toute la ville se tourne vers son versant littéraire, ou en août, pour la Regatta Week, quand l’estuaire se remplit de plus d’un siècle de tradition de voile.