Wasai Teraja (chute de Teraja)
"On a inscrit nos noms dans une longhouse, puis marché une heure dans la jungle juste pour entendre de l'eau plutôt que des moteurs."
Une randonnée en forêt tropicale depuis une longhouse iban dans les collines de Labi mène à l'une des rares chutes d'eau accessibles au public au Brunei.
Je dois avouer que je n’avais pas prévu grand-chose pour le Brunei au-delà des dômes dorés de Bandar Seri Begawan, jusqu’à ce que le propriétaire d’une guesthouse à Kuala Belait mentionne Wasai Teraja presque en passant, comme si c’était une évidence qu’on voudrait y aller. Lia a cherché et n’a presque rien trouvé en anglais, juste un nom et un district. Ça a suffi à nous convaincre. On a loué une voiture et suivi Jalan Labi pendant ce que la carte promettait être cinquante minutes, même si le trajet a semblé plus long, vitres baissées, la forêt se resserrant peu à peu autour de la route.
Kampong Teraja s’est révélée être une véritable longhouse iban, pas une halte touristique mise en scène, et s’y inscrire avant la randonnée est ce qui m’a touché le plus, sans que je m’y attende. Une femme a noté nos noms dans un registre, échangé quelques mots avec Lia sur l’état du sentier, puis nous a indiqué la lisière de la forêt comme si elle l’avait fait cent fois ce mois-ci. Ça ressemblait moins à l’achat d’un billet qu’à être laissé passer par le portail d’entrée de quelqu’un.

La randonnée en elle-même était humide et raide par endroits, et je n’arrêtais pas de m’arrêter devant des toiles d’araignée grandes comme des assiettes tendues entre les arbres, persuadé que chaque bruissement au-dessus de nos têtes annonçait un gibbon de Bornéo, qu’on n’a jamais aperçu. Le propriétaire de la guesthouse nous avait dit que la forêt de Labi abrite plus de deux cents espèces recensées de papillons et d’araignées, et quelque part passé la moitié du chemin, j’ai cessé de m’étonner et je me suis mis à photographier tout ce qui bougeait. Lia a trouvé une empreinte de loris lent, ou du moins l’a-t-elle prétendu, près d’un passage à gué, ce qui est devenu le point fort de sa journée, vrai ou non.
Quand les arbres se sont enfin ouverts sur Wasai Teraja, le son nous a atteints avant la vue. Ce n’est pas une chute imposante, mais savoir qu’elle est l’une des deux seules, dans une réserve qui en compte plus de quarante, à être réellement ouverte au public rendait le moment sous les embruns étrangement mérité. On s’est assis sur les rochers pour manger le riz que Lia avait préparé le matin même, on a séché au soleil par plaques, et on n’a croisé absolument personne de tout le temps qu’on y était.

Quand y aller : Privilégiez la période plus sèche entre mars et septembre, quand le sentier tient mieux sous les pieds et que les rochers autour de la chute sont moins traîtres. Nous y sommes allés en intersaison et avons quand même glissé plus d’une fois.
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