Le phare Bird Rock sur un petit îlot au large de Crooked Island, tour blanche contre un ciel lumineux et l'eau turquoise du chenal
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Crooked Island

"Le phare tient encore debout parce que la raison de sa construction — un chenal qui vous fera naufrager avec plaisir — n'a jamais disparu."

Une île en forme de boomerang, faite de flamants, de plantations de coton en ruine, et d'un phare qui veille encore sur le chenal qui la rendait dangereuse.

Crooked Island s’incurve autour du Bight d’Acklins selon la forme qui lui vaut son nom, et sa position au bord du passage de Crooked Island, un chenal de navigation historiquement important entre les Bahamas et les Caraïbes, l’a rendue à la fois stratégiquement précieuse et véritablement dangereuse pour les marins pendant des siècles — d’où le phare Bird Rock, construit en 1876 sur un minuscule îlot au large de la pointe nord-ouest, sa tour blanche encore dressée au-dessus d’une eau qui a réclamé plus de navires que quiconque ne s’est donné la peine de compter précisément. J’ai engagé un batelier local pour m’y emmener, et en grimpant les marches intérieures rouillées jusqu’à la galerie, en regardant en contrebas le récif clairement visible à travers une eau peu profonde d’une clarté saisissante, j’ai compris exactement pourquoi les navires continuaient de trouver ce tronçon de mer si particulier.

La tour blanche et patinée du phare Bird Rock sur son petit îlot au large de Crooked Island, avec le chenal peu profond visible en contrebas

À l’intérieur des terres, les ruines de la plantation Marine Farm se dressent sur une colline basse, une fortification britannique et un domaine cotonnier du début du XIXe siècle dont les murs de pierre et les emplacements de canons tiennent encore debout, aujourd’hui envahis par les broussailles et ce genre de silence qui s’installe sur l’architecture militaire abandonnée partout dans le monde. Les plantations de coton dans cette portion du sud des Bahamas se sont effondrées après l’épuisement des sols et la fin de l’esclavage dans les années 1830, et la population de Crooked Island, jadis bien plus importante, ne s’est jamais vraiment remise de cette perte — l’île ne compte aujourd’hui que quelques centaines d’habitants répartis dans de petits établissements reliés par une seule route principale.

Un vol de flamants américains pataugeant dans les eaux peu profondes bordées de mangrove de French Wells Bay sur Crooked Island

French Wells Bay, sur le versant sud de l’île, est un vaste estuaire de mangrove qui accueille des flamants américains, des hérons, et une densité d’avifaune véritablement surprenante pour un lieu aussi petit et tranquille, et j’y ai passé une matinée entière avec un guide local capable d’identifier des espèces à cent mètres rien qu’à leur silhouette. Les plages face au passage sont longues, au sable compact, et pratiquement vides — le genre d’endroit où l’on remarque que ses propres empreintes sont les seules aussi loin que porte le regard, dans un sens comme dans l’autre.

Quand y aller : De décembre à avril pour un temps sec et doux. Crooked Island dispose d’infrastructures minimales et de peu de vols, réservez donc l’hébergement et le transport bien à l’avance, et emportez des espèces — il y a peu de services bancaires ici.