Aerial view of Neuf-Brisach's star-shaped ramparts and octagonal town plan near the Rhine
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Neuf-Brisach

"Je n'avais jamais autant marché en ligne droite pour finir exactement là où j'avais commencé."

Un octogone parfait de pierre et de gazon sur la plaine du Rhin : la dernière place forte de Vauban veille encore sur ses rues silencieuses.

On a failli passer à côté de Neuf-Brisach. Lia et moi avions passé la matinée à Colmar à slalomer entre les groupes de touristes le long des maisons à colombages, et quand on a vu le nom sur la carte — vingt minutes à l’est, pratiquement à la frontière allemande — j’ai cru que ce serait juste un joli village de plus. Ce n’en est pas un. C’est une forteresse, bâtie comme une idée unique en 1698 par Vauban après que la France eut perdu Brisach de l’autre côté du fleuve, et dès qu’on franchit le fossé, on sent que cet endroit a été dessiné, pas né au fil des siècles. Tout tient dans un octogone parfait, des rues en damier, la place de l’église pile au centre, comme si quelqu’un avait tracé toute la ville au compas avant même de poser la première pierre.

On s’est garés à l’extérieur des remparts et on est entrés par la Porte de Belfort, et c’est là que j’ai compris pourquoi cet endroit figure sur la liste de l’UNESCO aux côtés des autres fortifications de Vauban. Les remparts ne sont pas une ruine qu’on admire de loin : on grimpe et on marche tout en haut, bastion après bastion, la double ligne de défense presque intacte plus de trois siècles plus tard. Lia n’arrêtait pas de s’arrêter pour montrer comment chaque angle avait été pensé pour ne laisser aucun angle mort face à un ennemi qui approcherait, sans une seule pierre gaspillée. C’est du génie froid et pragmatique déguisé en architecture.

Grassy ramparts and moat encircling Neuf-Brisach's fortified walls

À l’intérieur, la ville elle-même semble presque paisible comparée à l’ambition de ses murs — une poignée de cafés autour de la Place d’Armes centrale, des enfants à vélo, une boulangerie où j’ai acheté un kouglof qu’on a mangé assis sur un banc face à l’ancien arsenal. C’est étrange de manger une pâtisserie au centre géométrique exact d’un chef-d’œuvre militaire, mais c’est précisément ce contraste qui m’est resté. Vauban a construit cet endroit comme sa fortification ultime et la plus aboutie, une ville rare qui n’a jamais été autre chose qu’une forteresse dès le premier jour, et pourtant, trois siècles plus tard, ce ne sont que des gens qui mènent une vie tranquille à l’intérieur d’un diagramme géant et magnifique.

Cobblestone street in Neuf-Brisach's grid-planned town center leading toward the central square

On a fait presque tout le tour du périmètre à pied avant que la lumière ne commence à dorer sur les bastions, et je me souviens m’être dit que c’était l’un de ces endroits où la marche est tout le propos — aucun monument unique à cocher sur une liste, juste la lente prise de conscience de la façon dont toute la ville s’imbrique à mesure qu’on tourne autour.

Quand y aller : Nous y sommes allés au début de l’automne et avons eu les remparts presque pour nous seuls, sous un temps doux, idéal pour marcher ; la fin du printemps fonctionne tout aussi bien, avant que la chaleur de l’été ne s’installe sur la plaine.