Europe
Alsace
"Ce coin de France qui n'a jamais tout à fait accepté d'être français."
Je suis arrivé en Alsace en novembre, ce que tout le monde m’a déconseillé. Trop froid, trop gris, hors saison. Ce qu’ils voulaient dire, c’est que les touristes allemands n’étaient pas encore là, que la route des vins n’était pas engorgée de voitures de location, et que je pouvais entrer dans n’importe quelle winstub de Colmar à midi et trouver une table sans avoir planifié deux semaines à l’avance. La première chose que j’ai commandée, c’est une tarte flambée — pâte ultrafine, crème fraîche, lardons, oignons — avec un verre de Sylvaner si sec qu’il en était presque salé. Par la fenêtre, le canal reflétait une rangée de maisons à colombages peintes dans ces couleurs sourdes particulières qu’on ne trouve que là où un endroit a été rebâti et repeint sous quatre régimes politiques différents. J’ai mangé lentement. Personne ne m’a pressé.
Colmar concentre toute l’attention, et elle en mérite une partie — la Petite Venise est vraiment belle même cerclée d’appareils photo — mais l’Alsace où je revenais sans cesse, c’était les villages le long de la Route des Vins. Riquewihr, Ribeauvillé, Eguisheim : chacun assez petit pour se parcourir en vingt minutes, chacun avec un caractère propre et un vigneron qui vaut la peine d’être cherché. À Eguisheim, j’ai trouvé un domaine où une femme d’une bonne soixantaine d’années pressait elle-même les dernières grappes de Gewurztraminer de la vendange, et elle m’a servi trois vins différents issus de trois parcelles différentes du même coteau sans me faire payer un euro. Elle voulait parler du terroir. Je suis resté deux heures. C’est ce que fait l’Alsace — elle vous entraîne de côté dans des conversations et des caves quand vous pensiez juste passer.
La cuisine, c’est l’autre chose. L’Alsace, ce n’est pas de la cuisine de régime. La choucroute garnie — de la choucroute braisée au Riesling avec trois morceaux de porc différents et une situation de charcuterie qui nécessite une négociation avec le serveur — est le genre de plat qui vous fait reconsidérer vos plans de l’après-midi. Le baeckeoffe, un ragoût de viande et légumes cuit lentement sous un couvercle de pâte, encore plus. La combinaison de la technique française et des portions allemandes produit quelque chose qu’aucun des deux pays n’aurait inventé seul. Mangez-le avec une demi-carafe de Pinot Gris et aucun engagement avant le soir.
Quand y aller : Mars à avril pour les floraisons sans la foule. Octobre pour la vendange et les meilleures dégustations de Gewurztraminer. Novembre est sous-estimé — plus calme, plus froid, et les winstubs sont à leur plus accueillant. Éviter juillet et août : la Route des Vins devient une procession.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent l’Alsace comme une excursion d’une journée depuis Strasbourg, ou pire, comme une destination de marché de Noël. Les villages de la route des vins méritent deux ou trois nuits chacun. Et les vins — Riesling, Gewurztraminer, Pinot Gris — sont parmi les plus sous-évalués de France. Buvez-les avec la cuisine locale et dans cet ordre. Le Riesling en premier, toujours.