Mont Sainte-Odile
"Le mur païen ici précède le christianisme en Alsace de mille ans. Tout le reste sur cette montagne est récent."
Un mur païen celtique, un couvent du VIIe siècle et une vue sur la plaine du Rhin qui fait paraître la frontière entre la France et l'Allemagne comme une décision anodine.
Je suis venu au Mont Sainte-Odile en m’attendant à un couvent et à une vue, et j’ai trouvé ces deux choses, mais j’ai aussi trouvé le Mur Païen — le mur celtique — que je n’avais pas anticipé et qui m’a accompagné plus longtemps que tout autre chose sur la montagne. Il s’étend sur environ dix kilomètres autour du plateau, bâti de blocs massifs de grès assemblés sans mortier à l’âge du fer celtique, précédant le site chrétien d’environ mille ans. Le parcourir à travers la forêt de pins, en touchant des pierres taillées et placées aux IIe ou IIIe siècles avant J.-C., produit une sorte particulière de désorientation temporelle que je trouve plus utile que n’importe quelle visite de musée.
Le couvent occupe le point culminant du plateau à 763 mètres, et par temps clair la vue s’étend à l’est sur la vallée du Rhin jusqu’à la Forêt-Noire en Allemagne, une présence bleu-gris à l’horizon qui fait paraître l’idée des frontières nationales comme une bizarrerie administrative récente. Les bâtiments actuels du couvent datent pour la plupart du XVIIIe siècle, les constructions antérieures ayant brûlé et été rebâties plusieurs fois, mais le site lui-même est sacré depuis les Celtes, puis les Romains, puis les chrétiens arrivèrent avec leurs architectures de croyance respectives. Sainte Odile, qui fonda le premier monastère ici vers 690 ap. J.-C. et est la patronne de l’Alsace, est enterrée dans la chapelle à gauche de l’entrée. Des pèlerins viennent encore.

Le chemin du parking au couvent prend cinq minutes. Le chemin le long du mur païen prend deux heures. Je recommande le second sans réserve. Le sentier du mur commence derrière le couvent et descend dans la forêt où le silence est le silence particulier d’un endroit où les humains ont pensé sérieusement pendant deux mille ans. Le mur lui-même varie : certaines sections sont réduites à une seule assise de pierres à peine visible sous la mousse ; d’autres s’élèvent à deux mètres et semblent récemment posées. Les blocs sont énormes — certains de la taille d’une petite voiture, assemblés selon la même logique qu’un mur en pierre sèche mais à une échelle mégalithique. J’ai posé ma main à plat sur l’un d’eux et l’ai laissée là un moment.
La petite boutique du couvent vend des confitures, du miel et un pain d’épices que les sœurs fabriquent selon une recette à base de miel et d’anis, ce qui est exactement aussi spécifique et délicieux que cela en a l’air. J’en ai acheté trois miches et en ai mangé une avant d’atteindre le bas de la route de montagne. Elles vendent aussi un Gewurztraminer des pentes sous le plateau — le terroir de cette exposition sud et est produit quelque chose de différent du vin du fond de la vallée, plus terreux et minéral, avec moins de l’excès aromatique qui caractérise ce style ailleurs.

Il y a une fontaine de pèlerins près de la Chapelle des Larmes — où Sainte Odile aurait pleuré pour ceux qu’elle ne pouvait sauver. L’eau vient d’une source qui est vraisemblablement là depuis aussi longtemps que la montagne. Les gens remplissent des bouteilles et des tasses dans un geste qui n’est ni superstitieux ni séculier mais simplement ancien — le genre de chose que les humains font dans des endroits où les humains ont toujours été. Le geste de remplir quelque chose à une source dans une forêt qui est sacrée depuis deux millénaires n’est pas rien, quelles que soient vos convictions.
Quand y aller : Avril et mai pour la forêt en vert printanier avec un minimum de foule. Octobre pour les couleurs d’automne le long du sentier du mur. Évitez les week-ends d’été — le parking se remplit et le couvent devient une procession. Allez en semaine le matin et restez pour le déjeuner.
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