Vallée de Munster
"Tout dans cette vallée sent le Munster. Après une journée ici, ce n'est plus une observation — c'est un compliment."
L’odeur arrive avant la vallée. En conduisant vers l’ouest depuis Colmar sur la D417, le paysage se resserre et s’élève, l’air change — de la chaleur plate de la plaine viticole du Rhin à quelque chose de plus frais, de plus humide, de plus alpin — et quelque part dans cette transition commence l’odeur caractéristique du Munster. C’est une odeur qui récompense le courage : riche, aux accents de ferme, légèrement funky, et complètement propre à cette vallée et aux vaches qui la pâturent depuis des siècles. Quand on atteint le bourg de Munster lui-même, à trente kilomètres dans les Vosges, on l’a entièrement acceptée et elle commence à sembler une manière raisonnable pour l’air d’être.
La vallée est l’autre Alsace — celle qui n’apparaît pas dans les brochures de la Route des Vins. Les villages y sont en pierre plutôt qu’à colombages, les fermes encore en activité, le paysage plus adapté à la randonnée qu’à la photographie de tarte flambée. La Route des Crêtes court le long de la crête au-dessus de la vallée, l’ancienne route militaire de la Première Guerre mondiale construite pour ravitailler le front qui s’est stabilisé ici en 1914 et a à peine bougé jusqu’en 1918. Les vues depuis la crête — à l’est sur le damier de l’Alsace vers l’Allemagne, à l’ouest sur le plateau ondulé de Lorraine — sont parmi les plus amples de la région.

Le fromage lui-même, si vous ne le connaissez que dans ses versions de supermarché, mérite d’être redécouvert dans ses conditions propres. Les fermiers qui le fabriquent ici — plusieurs familles dans la vallée autour de Munster et Gunsbach — produisent quelque chose de catégoriquement différent des meules à croûte lavée vendues sous emballage sous vide dans toute la France. Le bon se vend directement à la ferme, parfois depuis des étals en plein air au bord de la route, la meule coulante aux bords et sentant puissamment ses origines. Mangez-le avec du Gewurztraminer alsacien, le seul vin doté d’une présence aromatique suffisante pour tenir tête au fromage. C’est l’un des grands accords de la cuisine régionale française, et il existe ici et presque nulle part ailleurs sous cette forme authentique.
La randonnée depuis Munster est excellente et sous-exploitée. Le sentier de grande randonnée GR5 passe par la vallée, et le chemin vers le Lac du Forlet et le Lac Blanc dans les parties supérieures de la vallée implique une demi-journée de marche à travers forêt et plateau tourbeux ouvert qui ressemble moins à l’Alsace qu’aux Highlands écossaises. En octobre, les couleurs — les hêtres orangés et les fougères roux brique contre le grès gris — sont spectaculaires d’une façon qui ne requiert ni culture viticole ni architecture médiévale pour être appréciée.
Le bourg de Munster lui-même est modeste. Il fut lourdement bombardé en 1944 et reconstruit sans grande distinction architecturale, mais le marché du vendredi est l’un des meilleurs d’Alsace pour le fromage, les viandes fumées et le miel local, et les auberges qui servent la fondue au Munster — un plat tellement centré sur le fromage qu’il nécessite un engagement pour l’après-midi — méritent d’être cherchées. Commandez la fondue, buvez le Gewurztraminer, et remontez à pied dans la vallée jusqu’à ce que l’odeur des pâturages l’emporte sur celle du fromage, ce qui prend plus longtemps qu’on ne s’y attendrait.

Quand y aller : Septembre et octobre pour la meilleure lumière de randonnée et le fromage de nouvelle saison le plus frais des fermes de montagne. Juillet et août pour les prairies dans leur vert le plus intense, avec les vaches encore aux estives. La Route des Crêtes peut être très nuageuse au printemps — vérifiez les conditions avant de monter.