Chateau du Haut-Koenigsbourg
"Lia a dit que ça avait l'air faux, trop parfait pour être vrai. C'est exactement le principe."
Une forteresse de grès rose reconstruite par un Kaiser, suspendue au-dessus des vignes vosgiennes comme sortie d'un conte.
J’avoue que j’étais sceptique avant même de sortir de la voiture. La veille au soir, Lia m’avait montré des photos du Haut-Koenigsbourg sur son téléphone, et je me souviens avoir pensé que ça avait l’air trop net, trop symétrique, plus proche d’un dessin conceptuel Disney que d’un vestige ayant réellement traversé huit siècles. Puis on a pris le dernier virage de la route qui monte depuis Orschwiller, et le château était là, posé sur son éperon rocheux à 757 mètres, comme s’il avait poussé directement de la roche. J’ai compris pourquoi un demi-million de visiteurs par an font le même trajet que nous.
Ce qui m’a saisi, une fois à l’intérieur, ce n’était pas le côté lisse et rénové, mais l’histoire qui se cache dessous. Le lieu est mentionné pour la première fois au XIIe siècle, sous la dynastie des Hohenstaufen, avant d’être incendié par les troupes suédoises pendant la guerre de Trente Ans, en 1633, et de rester à l’état de ruine pendant plus de deux siècles. Je suis resté planté dans la cour à essayer d’imaginer deux cents ans de ruines pures là-haut, le vent, le lierre, pendant que l’Alsace changeait de mains encore et encore en contrebas.

Le vrai rebondissement, celui qui m’est resté, c’est que le château que l’on visite aujourd’hui est en fait le fantasme médiéval d’un Kaiser allemand. En 1899, la ville de Sélestat a offert les ruines à Guillaume II, qui a chargé l’architecte Bodo Ebhardt de tout reconstruire entre 1900 et 1908, pont-levis fonctionnel et canon compris, selon sa vision de ce que devait être une forteresse médiévale digne de ce nom. Lia et moi sommes restés un bon moment près de ce pont-levis, et je n’arrêtais pas de penser à la façon dont l’histoire nous lègue parfois une reconstruction plutôt qu’un original, et à la façon dont cette reconstruction finit par devenir sa propre vérité.

On a fini par rester jusqu’à ce que la foule se disperse, près de l’heure de fermeture, accoudés aux remparts à regarder les vignes s’étendre vers la plaine du Rhin. J’ai acheté une petite bouteille de riesling à un stand d’Orschwiller en redescendant, et on l’a bue le soir même sur le balcon de notre gîte, en parlant encore du pont-levis.
Quand y aller : Nous avons eu la chance d’un après-midi d’automne bien dégagé, et je planifierais volontiers la même chose si possible : les remparts deviennent alors la meilleure place d’Alsace pour regarder les vignes en contrebas virer à l’or.
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