Tipaza
"Je suis venu pour les ruines et je suis resté pour l'odeur du thym et du sel mêlés dans le même souffle."
Un champ de ruines romaines qui se déverse dans la Méditerranée, où les fleurs sauvages poussent entre les colonnes brisées et où Camus a trouvé son bonheur.
J’avais lu “Noces à Tipasa” de Camus dans un bus, des années avant de poser le pied en Algérie, et je n’étais franchement pas sûr que Tipaza puisse être à la hauteur de cette phrase qu’il avait écrite sur le mariage des ruines et des fleurs sauvages. Lia et moi avons roulé depuis Alger par un matin d’avril lumineux, vitres baissées, et il ne m’a pas fallu plus de vingt minutes de marche dans le parc archéologique pour comprendre qu’il n’avait rien exagéré. Le forum romain se trouve exactement là où la terre cède devant la mer, si bien qu’on lit d’un œil la forme d’une ancienne basilique tandis que l’autre suit le déferlement des vagues. On avait moins l’impression de visiter un musée que de découvrir un village ayant simplement poussé autour d’une ruine, sans jamais songer à la déplacer.
Nous avons passé un long après-midi sans hâte à errer dans le site, et ce qui m’a le plus frappé, c’est à quel point tout cela était vivant — pas conservé sous verre, mais véritablement envahi de végétation, des coquelicots et de la moutarde sauvage poussant entre les dalles de ce qui fut une colonie romaine sous Claude. Je me suis assis sur une colonne renversée près de l’amphithéâtre pour manger un sandwich que Lia avait préparé le matin même, des olives et du merguez enroulés dans du pain plat, et j’ai regardé un pêcheur travailler sur les rochers en contrebas de la nécropole comme s’il faisait cela chaque jour de sa vie — ce qui était sans doute le cas.

À quelques minutes de voiture du village, nous avons trouvé le Mausolée royal de Maurétanie, cet immense tombeau circulaire construit pour Juba II et Cléopâtre Séléné II — oui, la fille de cette Cléopâtre-là, une chose étrange à dire à voix haute devant un tombeau royal berbère vieux de deux mille ans sur la côte algérienne. C’est une structure singulière, presque obstinée dans sa forme, qui s’élève au-dessus d’une colline de broussailles, visible de très loin, et nous l’avons eue presque pour nous seuls, à l’exception d’un berger déplaçant un petit troupeau le long de la clôture.

Ce qui me revient sans cesse à propos de Tipaza, et ce que Camus avait compris mieux que quiconque, c’est que les ruines ne sont pas vraiment le sujet — elles sont simplement l’endroit où l’on commence à remarquer tout le reste. La lumière sur l’eau, l’odeur des herbes sauvages chauffées par le soleil, le bruit des vagues contre un mur maritime vieux de deux mille ans. Nous sommes repartis au crépuscule, du sable encore dans nos chaussures, déjà en train de parler d’y retourner.
Quand y aller : Privilégiez avril ou mai, lorsque les fleurs sauvages percent entre les ruines et que la chaleur côtière ne s’est pas encore installée — Camus avait raison.