La façade en pierre en ruine d'une église arménienne médiévale se dressant seule dans les prairies d'Ani
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Ruines d'Ani

"Ani est l'endroit le plus vide où je me sois jamais tenu, et je le dis comme le plus grand compliment que je puisse lui faire."

L'ancienne capitale médiévale arménienne, abandonnée, connue comme la Ville aux 1001 Églises, une ville fantôme faite de prairies vides et de pierres en ruine sur la frontière fermée avec l'Arménie.

Rien ne m’avait préparé à me sentir aussi seul à Ani. J’avais pris un taxi depuis Kars, trente kilomètres de route de plus en plus déserte, et quand le chauffeur m’a déposé devant la porte en acceptant de revenir dans trois heures, j’ai regardé sa voiture disparaître et j’ai réalisé qu’il n’y avait presque personne d’autre ici — une poignée de visiteurs éparpillés sur un site de la taille d’une petite ville, et au-delà, rien que de l’herbe et du vent jusqu’aux gorges de la rivière qui marquent la frontière fermée avec l’Arménie.

La Ville aux 1001 Églises

Ani fut, il y a mille ans, l’une des grandes villes du monde médiéval — la capitale du royaume arménien des Bagratides, une plaque tournante de la route de la soie dont la population rivalisait avec celle de Constantinople à son apogée, et un centre religieux si densément peuplé d’églises, de chapelles et de monastères qu’elle a gagné le nom de Ville aux 1001 Églises. Elle est tombée sous la conquête byzantine, puis les raids seldjoukides, puis un tremblement de terre catastrophique au treizième siècle, puis l’invasion mongole, et au dix-septième siècle elle avait été entièrement abandonnée, livrée à la prairie. Ce qui en reste aujourd’hui est un semis d’églises de pierre sans toit, une cathédrale, une mosquée, et des murs de fortification, le tout se dressant en pleine steppe sans presque aucune structure moderne en vue — pas de cafés, pas de boutique de souvenirs, presque aucune infrastructure du tout, ce qui est précisément ce qui rend le lieu si bouleversant.

The roofless ruins of Ani's cathedral standing in the open grassland with the border river gorge beyond

Debout à la frontière fermée

J’ai marché près de deux heures à travers le site, des murailles en ruine de la ville jusqu’à l’Église du Rédempteur, dont la façade a été tranchée net en deux par un séisme, si bien qu’elle ressemble aujourd’hui, sous certains angles, davantage à un décor de théâtre qu’à un bâtiment, un mur resté intact et le reste simplement disparu. L’endroit le plus émouvant, pourtant, était le bord des gorges de la rivière Akhourian, où les falaises d’Ani plongent vers une rivière qui marque l’actuelle frontière entre la Turquie et l’Arménie — une frontière fermée depuis les années 1990, avec des tours de guet arméniennes visibles sur la rive opposée et, au loin, le cône enneigé du mont Ararat. Je suis resté là longtemps, conscient de regarder un paysage scindé par une ligne politique moderne traversant ce qui avait autrefois été une seule et même capitale arménienne, et que le silence autour de moi n’était pas seulement l’absence de gens mais le calme particulier d’un lieu qui attend encore, officieusement, une résolution qui n’est jamais venue.

A distant view of Mount Ararat across the closed border river gorge, seen from the Ani ruins

En revenant vers la porte, tandis que mon chauffeur de taxi réapparaissait exactement à l’heure prévue, j’ai croisé un berger déplaçant un petit troupeau de moutons à travers les ruines de ce qui avait jadis été la cour d’une cathédrale, totalement indifférent au poids de ce qui l’entourait. C’était, m’a-t-il semblé, l’image finale juste d’Ani — un lieu si complètement vidé de sa vie passée que la terre a simplement repris ses occupations plus anciennes et plus tranquilles autour des vestiges.

Quand y aller : De mai à septembre. Le site est entièrement exposé aux éléments, sans ombre ni abri, et les hivers du haut plateau le rendent largement inaccessible de novembre à avril.