Le Grand Marché de Lomé à l'heure dorée, marchands de tissus arrangeant des rouleaux de pagne wax sous une toiture de tôle ondulée
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Lomé

"Le marché des fétiches vaudous sent les herbes séchées et quelque chose de plus ancien que toutes les religions au milieu desquelles j'ai grandi."

Une capitale côtière où les sanctuaires vaudous partagent les trottoirs avec les brasseries françaises et où l'Atlantique martèle le rivage à quelques mètres seulement du palais présidentiel.

La ville qui commence à la mer

Lomé commence à l’océan et s’en éloigne à peine. Le boulevard du Mono court contre l’Atlantique, et la route est assez proche de l’eau pour que, lors des fortes houles de juillet, les embruns traversent l’asphalte. Je suis arrivé au crépuscule, quand le ciel au-dessus du golfe de Guinée passe par une douzaine de nuances d’orange en une quinzaine de minutes, tandis que des pêcheurs hissaient leurs pirogues sur le sable sombre et que des motos slalomaient dans la circulation derrière eux. Aucune approche progressive ici. La ville est immédiate, dense et entièrement elle-même.

La capitale du Togo est aussi la seule capitale d’Afrique de l’Ouest assise sur une frontière internationale — marchez dix minutes vers l’ouest le long de la plage et vous voilà au Ghana, sans tambour ni trompette, juste une ligne peinte sur le sable et un autre lot de douaniers qui semblent tout aussi imperturbables. J’ai traversé deux fois, juste pour goûter l’étrangeté de la chose.

Akodésséwa et le poids de la croyance

Le marché des fétiches d’Akodésséwa est le plus grand d’Afrique de l’Ouest et l’un des endroits les plus véritablement saisissants où j’aie passé un après-midi. Les étals s’étirent sur plusieurs centaines de mètres, vendant des parties d’animaux séchées — crânes de singe, peaux de caméléon, têtes de crocodile, piquants de porc-épic, serres d’oiseaux — disposées avec une précision de marchand qui, on ne sait comment, rend l’ensemble plus dérangeant, pas moins. Ce sont des ingrédients pour les cérémonies vaudoues, et le marché n’est pas tant une attraction touristique qu’une chaîne d’approvisionnement en activité pour la pratique spirituelle.

Un prêtre fétiche nommé Kofi m’a expliqué, par l’intermédiaire d’un guide francophone, que le pouvoir ne réside pas dans l’objet lui-même mais dans ce que le bokonon — le prêtre — y appelle. Je n’ai rien acheté. Je ne suis pas certain que j’étais censé le faire. Mais je suis resté là longtemps à regarder des gens arriver avec des demandes précises et repartir avec de petits paquets enveloppés, et j’ai ressenti l’humilité particulière d’être dans un lieu où un très ancien système de sens fonctionne à pleine puissance.

Le Grand Marché et l’art de la négociation

Le Grand Marché est organisé d’une façon qui ne prend son sens qu’après une heure à s’y être perdu. Le tissu au rez-de-chaussée, la nourriture au premier, l’électronique et la quincaillerie quelque part entre les deux. Les nanas — les femmes commerçantes qui contrôlent le commerce togolais depuis des générations — sont patientes et fermes à parts égales. Mon français m’aide davantage ici que partout ailleurs dans le pays ; Lomé est la ville la plus francophone du Togo, et un accent correct achète de la bienveillance.

J’ai dépensé trop pour du pagne wax et pas assez pour la cuisine de rue dehors : bananes plantain grillées et lustrées d’huile de palme, akpan (pâte de maïs fermentée) vendue en sachets plastique bien noués, eau de coco fraîche ouverte d’un seul coup de machette. La lumière du marché couvert est tamisée et dorée, filtrée par le tissu lui-même, tout est légèrement teinté.

Les soirées près du port

Lomé la nuit se concentre autour du quartier du port et des maquis — bars en plein air où le poisson grillé arrive entier dans l’assiette avec une sauce piment et de la bière Béninoise glacée. La ville est plus animée que je ne l’attendais pour une capitale de cette taille. La musique s’échappe de chaque embrasure : afropop togolais, rumba congolaise, rap français à l’occasion. Lia et moi sommes restés à une table en plastique jusqu’à minuit pendant qu’un groupe électrogène ronronnait et qu’un ventilateur de plafond redistribuait l’air tiède au-dessus de nous. C’était à la fois entièrement ordinaire et complètement étranger, ce qui est exactement la combinaison pour laquelle je voyage.

Quand y aller : De novembre à février, pendant la saison sèche de l’harmattan. Les ciels sont dégagés, les températures supportables (une vingtaine de degrés), et les festivals de la ville — en particulier le Festival du Vaudou en janvier — attirent des foules extraordinaires. Évitez de juin à septembre, quand l’humidité est éprouvante et que les routes en dehors de la ville peuvent être inondées.