Aného
"Une ville qui fut jadis la capitale et qui surtout, aujourd'hui, se souvient de l'avoir été."
Aného est une ville qui vit tranquillement à l’intérieur de son propre passé, et c’est précisément pour cela qu’elle m’a plu. Elle se trouve près de la frontière orientale du Togo avec le Bénin, coincée sur une étroite bande de terre entre une lagune calme d’un côté et le lourd ressac atlantique du golfe de Guinée de l’autre. Elle fut jadis la capitale coloniale du Togo, d’abord sous les Allemands puis brièvement sous les Français, et les rues sont encore bordées des fantômes de cette importance — bâtiments administratifs en ruine, une vieille cathédrale, maisons de marchands défraîchies aux volets pendant de travers. Lia et moi sommes descendus de Lomé en espérant un rapide coup d’œil et avons fini par y passer la journée, happés par la mélancolie particulière d’un lieu que l’histoire a laissé derrière elle.
La lagune et la vieille ville
Le trait qui définit Aného est la lagune, un long lac abrité séparé de l’océan par un mince cordon de sable, et la vie ici s’oriente vers l’eau calme plutôt que vers la mer rude. Nous avons regardé les pêcheurs travailler la lagune dans de fines pirogues à l’aube, jetant leurs filets dans la lumière plate, toute la scène presque silencieuse hormis le clapotis des pagaies. Le cordon retient le ressac, si bien que la lagune reste lisse comme un miroir tandis que l’océan martèle à peine quelques centaines de mètres plus loin, et se tenir sur le banc de sable avec l’eau calme dans le dos et les vagues déferlant devant fut l’un de ces petits plaisirs géographiques que je ne m’attendais pas à trouver ici.
La vieille ville récompense la marche lente. La cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, solide église de l’époque coloniale, ancre le centre, et tout autour les rues portent cette histoire côtière ouest-africaine en strates — familles de marchands afro-brésiliens revenues de l’autre côté de l’Atlantique, administrateurs allemands et français, et les communautés guin et mina plus anciennes qui étaient là bien avant tous les autres. L’architecture est véritablement intéressante une fois qu’on ralentit assez pour la lire : volets à persiennes, vérandas profondes, maçonnerie perdant en silence sa bataille contre l’air salé. Personne ne restaure grand-chose, et il y a dans cette décrépitude une dignité que les villes patrimoniales reluisantes perdent entièrement.

Vaudou, marchés et la route côtière
Ce tronçon de côte est l’un des cœurs du Vodun ouest-africain, et Aného porte sa vie spirituelle à découvert. Des sanctuaires se nichent entre les maisons, et les plages voisines accueillent des cérémonies que j’ai pris soin de n’observer qu’à distance respectueuse et seulement là où l’on était clairement le bienvenu. Je me méfie de la façon dont les étrangers transforment une religion vivante en spectacle, alors je dirai simplement que le poids spirituel de cette côte est réel et présent, et qu’il mérite qu’on l’aborde avec humilité plutôt qu’avec un appareil photo brandi.
Le marché de la ville est petit mais animé, et nous avons fouillé des étals de poisson séché, de piments, de tissus et des petits objets sculptés de la dévotion quotidienne. Ensuite, nous avons repris la route côtière vers Lomé, un ruban de bitume courant entre la lagune frangée de palmiers et les longues plages sauvages et désertes du golfe de Guinée — des plages aux courants féroces contre lesquels les habitants vous mettent fermement en garde, et qui n’en sont que plus belles d’être laissées tranquilles.
Notes pratiques
Aného est à une petite heure à l’est de Lomé par la route côtière, et la plupart des gens la visitent à la journée, même si une nuit tranquille permet de saisir la lagune à l’aube, le moment où elle est à son meilleur. Apportez de la petite monnaie, demandez avant de photographier les gens ou les sanctuaires, et ne vous baignez pas en pleine mer ici — les courants de retour sont véritablement dangereux. Venez pour l’atmosphère de grandeur défraîchie plutôt que pour un site précis. Aného est un état d’esprit plus qu’une liste à cocher, et un bon.
