Un ensemble de bâtiments de recherche en bois rouges et jaunes au bord d'un fjord arctique paisible, avec un glacier saupoudré de neige remplissant la vallée derrière eux sous un ciel d'un bleu limpide
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Ny-Ålesund

"Roald Amundsen est parti d'ici pour le pôle Nord. Moi, je suis parti pour le bureau de poste, qui est aussi le plus septentrional du monde."

L'établissement civil permanent le plus septentrional du monde, un avant-poste de recherche à 79 degrés de latitude nord où une douzaine de pays se partagent un minuscule village et où les bernaches nonnettes nichent entre les bâtiments de laboratoire.

Cartographie de l’extrême

C’est généralement par des chiffres que l’on parle de Ny-Ålesund : 79 degrés de latitude nord, 14 stations de recherche, 12 pays opérant simultanément, environ 35 résidents permanents en hiver, près de 150 en été. Le tampon du bureau de poste, qu’on peut acheter en souvenir, indique « bureau de poste le plus septentrional du monde » et le postier l’appose avec un plaisir visible. Il y a une réelle gravité à se trouver ici — c’est d’ici que Roald Amundsen a lancé son expédition en dirigeable vers le pôle Nord en 1926, et le mât d’amarrage qu’il a utilisé se dresse encore, légèrement rouillé, au centre de l’établissement.

Ny-Ålesund n’est pas une ville au sens conventionnel. Il n’y a pas de résidents permanents au sens civil du terme. Tout le monde ici travaille pour l’une des institutions de recherche : l’Institut polaire norvégien, l’Institut allemand Alfred Wegener, l’Institut italien de recherche arctique et antarctique, ainsi que des stations indienne, chinoise, française, sud-coréenne et d’autres. Des scientifiques qui étudient le changement climatique, la glaciologie, les sciences de l’atmosphère, les populations d’oiseaux. Ils viennent pour plusieurs mois puis font tourner les équipes.

L’arrivée et l’ambiance du lieu

Le seul moyen d’accès est le bateau depuis Longyearbyen ou le petit avion à hélices qui fait la liaison deux fois par semaine en été. J’ai pris l’avion parce que la fenêtre météo semblait étroite, et descendre sur la courte piste de gravier dans 5 degrés Celsius en juillet — avec le soleil flamboyant dans un ciel qui ne s’assombrirait pas avant deux mois — donnait l’impression d’atterrir sur un plateau de cinéma.

L’établissement est d’un calme saisissant. Pas de voitures. Les routes sont trop courtes pour en avoir besoin et le pergélisol interdit les véhicules lourds. Des sentiers piétonniers relient les bâtiments. Les sternes arctiques vous bombardent en piqué avec une agressivité joyeuse le long de certains itinéraires — elles nichent, et votre espace personnel ne les intéresse pas. On apprend vite à agiter quelque chose au-dessus de sa tête en guise de leurre. Un bâton de marche levé fait l’affaire. Un chapeau encore mieux.

Le résidu des expéditions

Le musée de Ny-Ålesund, dans l’ancien bâtiment de la compagnie houillère, est le meilleur endroit pour comprendre les strates de l’établissement. Il y avait ici de l’exploitation charbonnière avant les stations de recherche — dangereuse, mal gérée, catastrophique. Une explosion en 1962 tua 21 hommes et mit fin définitivement à l’exploitation minière. L’usage scientifique a grandi sur ces ruines.

L’histoire de l’exploration polaire traverse le lieu de manière visible. Le mât d’Amundsen est le point de repère évident, mais il y a des plaques et des marqueurs partout : là où le dirigeable Norge a décollé, là où des expéditions ont hiverné, là où l’expédition italienne rivale d’Umberto Nobile est partie. Debout à côté du mât d’amarrage dans la lumière plate de l’été, la glace du Kongsfjorden blanc-bleu derrière lui, j’ai ressenti le poids singulier de ceux qui sont partis vers le nord, d’ici, dans l’incertitude la plus totale.

La science rendue physique

Ce qui rend Ny-Ålesund différent de toute autre destination, c’est qu’on se trouve à l’intérieur d’un processus scientifique actif. Les chercheurs sont courtois mais occupés. Des tours de mesure atmosphérique se hérissent le long de la crête au-dessus de la ville. Un gros ballon est lâché chaque jour pour prendre des mesures en altitude. Le fjord est doté de bouées de surveillance permanentes. Tout ici est un instrument.

Quand y aller : De la mi-juin à la mi-août, quand l’établissement de recherche est en pleine activité et que les bateaux assurent une liaison régulière depuis Longyearbyen. Le soleil de minuit est à son plus éclatant et à son plus indomptable en juin et juillet. Hors été, l’accès est extrêmement limité et nécessite des arrangements particuliers.

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