Richard Toll
"Un petit château français entouré de canne à sucre, en bordure du Sahel — Richard Toll ne s'explique pas facilement."
Une ville sucrière sur le fleuve Sénégal bâtie autour du jardin raté d'un agronome français du dix-neuvième siècle, où un château de conte de fées se dresse étrangement au milieu des champs de canne et où le fleuve coule large et lent vers la Mauritanie.
Richard Toll tire son nom d’un botaniste français, Richard, et du mot wolof « toll », qui signifie jardin — un clin d’œil à une tentative du dix-neuvième siècle de cultiver des produits européens sur les rives du fleuve Sénégal, tentative qui a largement échoué mais dont le nom est resté pour de bon. Ce qui domine réellement la ville aujourd’hui, c’est le sucre : la Compagnie Sucrière Sénégalaise exploite de vastes champs de canne tout autour, et l’odeur douceâtre et légèrement brûlée de l’usine de traitement vous atteint avant même la ville elle-même.
La vraie surprise se trouve en bordure de ville — le Château de Baron Roger, un bâtiment à tourelles, véritablement en forme de château, construit pour un administrateur colonial français, sa façade de pierre et ses toits pointus paraissant totalement déplacés au milieu de champs de canne plats et de maquis sahélien. Je suis resté un moment debout devant, à simplement me recalibrer, comme on le fait quand une pièce d’architecture refuse de correspondre à son environnement. Ce n’est pas somptueux de près, et certaines parties montrent clairement leur âge, mais la pure incongruité de la chose — une silhouette de la vallée de la Loire tombée sur la plaine inondable du fleuve Sénégal — valait à elle seule le détour.

Au bord du fleuve, l’ambiance change complètement. Le fleuve Sénégal coule ici large et sans hâte, près de la frontière mauritanienne, et les pêcheurs le travaillent depuis d’étroites pirogues tôt le matin et en fin d’après-midi, quand la chaleur retombe. Je me suis assis sur la berge pendant près d’une heure à regarder un homme lancer et relancer un filet d’un geste si maîtrisé qu’il ressemblait davantage à une danse qu’à un travail, des hérons fouillant les hauts-fonds à quelques mètres, indifférents.

La ville elle-même est modeste et ne prétend pas le contraire — rue principale poussiéreuse, blocs de logements de la compagnie sucrière, un marché qui sent vaguement la mélasse — mais comme étape entre Saint-Louis et le Fouta profond en amont, elle mérite qu’on lui accorde quelques heures de plus que ne le fait la plupart des itinéraires.
Quand y aller : de novembre à février, quand la chaleur de la vallée fluviale est la plus supportable et que la lumière sur l’eau tôt le matin est à son meilleur.
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