Fadiouth
"Le sol lui-même est fait de coquillages. On le sent différemment sous ses pieds dès le premier pas."
Un village de pêcheurs sérère bâti entièrement sur une montagne de coquillages et relié au continent par une passerelle en bois qui grince, où musulmans et chrétiens enterrent leurs morts dans le même cimetière depuis des générations.
On entre à Fadiouth par une passerelle de bois gris argenté, longue d’environ deux cents mètres, qui oscille très légèrement sous une moto chargée et grince d’un bruit que j’ai trouvé étrangement réconfortant après une semaine de routes goudronnées. En contrebas, la lagune coule brun-vert entre les racines de palétuviers, des huîtres séchant sur des piquets plantés dans la vase. De l’autre côté, l’île elle-même s’élève hors de l’eau — et je le dis littéralement, car Fadiouth est bâtie sur des siècles de coquillages accumulés de palourdes et d’huîtres, toute l’agglomération reposant sur un amas qui a grandi plus haut que la terre environnante. Les chemins crissent. Les coqs marchent sur les monticules de coquillages comme si c’était le sol le plus normal du monde — parce que pour eux, ça l’est.
J’ai déambulé sans grand plan, ce qui est la bonne façon de voir Fadiouth — c’est assez petit pour qu’on ne puisse pas vraiment s’y perdre, et chaque ruelle finit par revenir vers le pont ou l’église. La mission catholique ici a des racines profondes ; une chapelle moderne et élancée se dresse près du bord de l’île, sa silhouette étrange sur le sol blanc de coquillages. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est le cimetière, sur son propre petit monticule un peu au large, relié par un second pont plus court — tombes musulmanes et chrétiennes côte à côte, sans aucun mur pour les séparer, le genre de disposition qui, dans la plupart du monde, nécessiterait une explication et qui ici, apparemment, n’en a jamais eu besoin.

Une femme vendant du poisson grillé près du marché m’a laissé m’asseoir à son étal pendant près d’une heure, moitié par faim, moitié parce que j’aimais observer le va-et-vient — des femmes portant sur la tête des bassines d’huîtres en équilibre, des enfants faisant la course à vélo sur le sol de coquillages broyés, un homme réparant des filets avec une patience qui rendait ma propre agitation un peu ridicule. Des baobabs ancrent quelques-uns des espaces ouverts entre les maisons, leurs racines s’agrippant au coquillage plutôt qu’à la terre.

Fadiouth se trouve juste à côté de Joal, la plus grande ville continentale et lieu de naissance de Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal et l’un des grands poètes du monde francophone — sa maison d’enfance se trouve à quelques pas du pont, si vous voulez compléter la visite par un peu d’histoire littéraire avant de reprendre la route côtière.
Quand y aller : en fin d’après-midi, quand la lumière devient dorée sur la lagune et que les barques ostréicoles rentrent — et n’importe quel mois convient, puisqu’il s’agit d’une excursion côtière d’une journée plutôt que d’une visite saisonnière.
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