Île de Gorée
"En une vingtaine de minutes, le ferry laisse derrière lui le vacarme de la ville."
La traversée depuis le port de Dakar prend vingt minutes et ne coûte presque rien. On se tient sur le pont et on regarde la ville s’éloigner — pointes de minarets, grues de chantier, la chaleur tremblant au-dessus du Plateau — jusqu’à être assez près de Gorée pour distinguer les couleurs : ocre, rose, rouille, le bleu profond de volets qui n’ont pas été repeints depuis une génération. Puis la rampe s’abaisse et on remarque aussitôt : pas de voitures. L’absence de bruit de moteur est physique.
La Maison des Esclaves
La Maison des Esclaves est la raison pour laquelle la plupart des gens font la traversée. Le bâtiment est réel : une maison coloniale à deux étages construite vers 1776, avec des cellules de détention au rez-de-chaussée et, à l’arrière, une porte qui ouvre directement sur l’Atlantique — la Porte du Voyage sans retour. Le bilan historique du fonctionnement systématique du bâtiment dans la traite est complexe et encore contesté par les historiens. Rien de cette complexité ne rend plus facile le fait de se tenir dans ces pièces aux plafonds bas, où la pierre reste froide même dans la chaleur de l’après-midi et où la lumière franchit à peine les fentes d’aération. J’ai lu les arguments universitaires sur le poids narratif du site. Debout là, j’ai surtout ressenti du silence.
Le guide qui menait mon groupe a parlé vingt minutes d’une voix égale et exacte. Il n’a pas joué le chagrin. Il a énoncé des faits et les a laissés se poser. Ensuite, une famille française derrière moi se disputait à voix basse sur ce qu’il avait dit. J’ai avancé pour ne pas avoir à les entendre.
Du bougainvillier sur tout
Le reste de l’île résiste au poids de ce qu’elle porte. Des enfants tapent dans des ballons dans les ruelles entre les maisons badigeonnées de rose. Des femmes font frire du poisson sur des réchauds portatifs sur le pas des portes. Des chats dorment sur des rebords de fenêtre brûlants. Le bougainvillier pousse sur tout avec une gaieté agressive — pourpre, corail et blanc — comme si l’île avait décidé il y a des années que la beauté était la seule réponse viable à l’histoire.
Gorée est essentiellement un seul quartier. On peut en faire le tour en quarante minutes, ou parcourir tout l’intérieur en vingt. Deux vieux forts coloniaux occupent les sommets, leurs canons rouillant décorativement en direction de la France. Les vues de là-haut sur l’Atlantique sont les meilleures de l’île — la longue courbe du littoral de Dakar, les porte-conteneurs mouillant l’ancre, la brume adoucissant tout.
Rester tard
Gorée abrite une petite communauté d’artistes dont les ateliers et les étals se regroupent près de l’embarcadère. Les habituels masques sculptés, le batik, les bijoux de bronze. À regarder sans grande pression d’achat. Mais la vraie raison de rester après le dernier ferry de l’après-midi, c’est la lumière. Quand la foule des excursionnistes se clairsème et que le soleil descend vers l’eau, les murs roses virent à l’or puis à l’ambre profond, et l’île devient un endroit qui a fait une certaine paix avec lui-même.
Je suis resté tard une fois. J’ai regardé les pêcheurs décharger leur prise sur la plage nord pendant qu’un garçon essayait de me vendre une noix de coco. J’ai trop payé et je ne l’ai pas regretté. Le ferry du retour était presque vide. Dakar est revenu vers nous, bruyant, sentant le diesel, illuminé le long du front de mer, et j’étais content d’être parti et content de revenir.
Quand y aller : de novembre à avril pour le temps sec et la chaleur la plus agréable. La traversée peut être agitée pendant la saison des pluies de juillet à septembre, même si l’île elle-même est plus calme une fois vidée des groupes de touristes en semaine. Les après-midi de semaine — après le départ des visites organisées — sont la meilleure fenêtre. Évitez le week-end du Grand Magal à Touba, qui met à rude épreuve tous les transports de Dakar.