Les maisons ouvrières abandonnées de Val-Jalbert avec la chute Ouiatchouan tombant derrière le village fantôme
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Val-Jalbert

"Val-Jalbert a fermé du jour au lendemain en 1927 et personne n'a jamais vraiment démoli quoi que ce soit — on peut encore lire toute la vie de la ville dans les bâtiments qu'elle a laissés derrière elle."

Une ville de papeterie abandonnée en 1927 et laissée debout plutôt que démolie — aujourd'hui un village fantôme préservé au bord d'une chute plus haute que Niagara.

La chute vous saisit d’abord, avant même la ville fantôme. La chute Ouiatchouan tombe de 72 mètres — plus haute que Niagara, un fait que la signalisation interprétative répète avec une fierté manifeste — dans une gorge tout juste en bordure du vieux village, et son bruit atteint le stationnement avant même que les bâtiments n’apparaissent. Val-Jalbert a été bâtie en 1901 autour d’une papeterie qui utilisait la chute comme force hydraulique, a grandi jusqu’à devenir une ville de compagnie de près de mille résidents avec sa propre école, son couvent, son magasin général et ses rangées de maisons de bois presque identiques pour les ouvriers de l’usine, puis a fermé pratiquement du jour au lendemain en 1927 quand le marché de la pâte à papier s’est effondré et qu’une usine concurrente ailleurs a rendu l’exploitation obsolète. Plutôt que d’être démolie, la ville vidée a surtout été laissée telle quelle, et le Québec a fini par transformer tout le site en parc historique : un village fantôme préservé qu’on peut parcourir bâtiment par bâtiment.

J’ai passé un après-midi à entrer et sortir des maisons restaurées — certaines meublées comme elles l’auraient été dans les années 1920, avec papier peint et accessoires de cuisine d’époque, d’autres laissées nues pour que la structure elle-même soit l’exposition. Le magasin général a encore ses étagères. Le couvent-école, où les Sœurs du Bon-Pasteur enseignaient autrefois aux enfants des ouvriers de l’usine, se trouve en haut du village avec une vue plongeante sur les toits jusqu’à la chute. Marcher dans ces rues, vides à l’exception des autres visiteurs, procure une étrangeté particulière qui vient moins de quoi que ce soit d’inquiétant que du simple fait que la vie quotidienne de toute une communauté active s’est arrêtée à une seule date et n’a jamais repris.

Des rangées de maisons ouvrières en bois abandonnées dans le village fantôme de Val-Jalbert, dégradées mais structurellement intactes

Un téléphérique — un ajout récent au site — transporte les visiteurs le long de la chute jusqu’à une plateforme d’observation au sommet, et la montée offre un point de vue à la fois sur toute la hauteur de la chute et sur la disposition de la vieille ville en contrebas, la grille des rues et des toits se détachant contre la forêt et la bordure visible du lac Saint-Jean au-delà. Depuis la plateforme du sommet, en regardant tout droit vers le bas le long de la chute Ouiatchouan avec la brume qui s’élève et la ville abandonnée étalée en dessous, l’échelle à la fois de l’élément naturel et de l’entreprise humaine qu’il alimentait devient soudainement lisible en une seule vue.

La chute Ouiatchouan tombant de 72 mètres à côté des ruines historiques de la papeterie à Val-Jalbert, vue depuis la plateforme du téléphérique

Les ruines de brique de la papeterie se dressent encore à la base de la chute, boîtiers de turbines et murs de fondation exposés aux intempéries, et elles sont sans doute plus évocatrices que les maisons — la raison industrielle véritable pour laquelle toute la ville existait, encore reconnaissable, lentement reprise par la mousse et les embruns de la rivière.

Quand y aller : De juin à septembre, quand tout le site — téléphérique, maisons restaurées et ruines de l’usine — est ouvert. Les couleurs automnales de fin septembre ajoutent une toile de fond saisissante à la chute, bien que certains bâtiments ferment pour la saison dès début octobre.