Rimouski
"Rimouski, c'est le point où l'on cesse d'appeler ça un fleuve par politesse pour l'appeler ce qu'il est : une mer intérieure."
Une ville portuaire active à la lisière du Bas-Saint-Laurent, là où le fleuve devient vraiment une mer, et où un sous-marin désarmé repose dans un parc comme si de rien n'était.
Le temps qu’on atteigne Rimouski, le Saint-Laurent a cessé de se comporter comme un fleuve dans quelque sens qui compte. Il fait plus de quarante kilomètres de large ici, eau salée, soumis aux marées, patrouillé par des petits rorquals et parfois des groupes de bélugas, et la ville a construit toute son identité autour de ce fait plutôt que de faire semblant du contraire. J’étais venu pour une raison unique et précise — l’Onondaga, un sous-marin de la classe Oberon datant de la guerre froide, désarmé par le Canada puis, plutôt que d’être mis à la ferraille, hissé sur la terre ferme au Site historique maritime de la Pointe-au-Père et ouvert aux visites. En descendant par ses écoutilles étroites dans le poste d’équipage, la salle des torpilles, le poste du périscope, j’ai essayé sans succès d’imaginer une soixantaine d’hommes vivant dans cet espace pendant des semaines sous l’eau. Les plafonds présument que personne dans la marine ne dépasse un mètre soixante-quinze. Je dépasse un mètre soixante-quinze.

Le même site abrite le phare de Pointe-au-Père, l’un des plus hauts au Canada, et un petit musée sobre consacré à l’Empress of Ireland, un paquebot qui a coulé dans le Saint-Laurent juste au large en 1914 après une collision dans le brouillard, faisant plus de morts que le Titanic trois ans plus tôt — un désastre dont presque personne en dehors du Québec n’a entendu parler, en grande partie parce qu’il s’est produit quelques semaines avant que la Première Guerre mondiale n’accapare l’attention du monde. Lia et moi avons parcouru en silence le petit mémorial, presque un cimetière, dédié aux victimes ; c’est le genre d’endroit qui recalibre le regard qu’on porte sur l’eau calme visible depuis ce même point.
Rimouski elle-même, au-delà du site maritime, est une capitale régionale sans prétention, avec un centre-ville animé, une population étudiante appréciable, et une habitude d’accueillir chaque été le Festi Jazz international — des spectacles extérieurs gratuits qui débordent le long de la rue Saint-Germain et rendent toute la ville brièvement bruyante et chaleureuse. Nous en avons attrapé deux soirées par hasard, ayant calé notre trajet le long du Bas-Saint-Laurent uniquement autour du sous-marin, et cela s’est avéré être la meilleure partie de la visite.

Quand y aller : De fin juin à début juillet pour le Festi Jazz international. L’été en général, pour les départs de bateaux d’observation des baleines et les soirées douces sur l’eau. Le site maritime et les visites du sous-marin fonctionnent de façon saisonnière — vérifiez les horaires avant de prendre la route vers la Pointe-au-Père.