Saint-Roch
"Saint-Roch, c'est ce qu'on obtient quand un quartier s'améliore de l'intérieur — la seule façon dont ça marche vraiment."
Personne ne m’a envoyé à Saint-Roch. Je l’ai trouvé comme on trouve les meilleures parties des villes — en prenant un mauvais tournant en rentrant d’ailleurs et en me retrouvant rue Saint-Joseph parmi des boutiques dont je n’avais pas lu l’existence et un café avec des menus écrits à la craie. Le quartier est en bas de la falaise, au nord de la ville fortifiée, et pendant des décennies c’était la partie de Québec dont on détournait les visiteurs. Puis des artistes et des designers ont commencé à s’installer dans les anciens bâtiments industriels au tournant de ce siècle, et à mon arrivée il avait la texture d’un quartier en pleine transformation : certains pâtés de maisons polis, d’autres encore franchement bruts, l’ancien et le nouveau cohabitant dans la tension productive particulière d’un endroit qui ne sait pas encore tout à fait ce qu’il est en train de devenir.

La culture du café ici est sérieuse d’une manière que je n’attendais pas. Le Café Krieghoff, qui précède la gentrification et a la qualité usée d’un endroit qui n’a jamais essayé d’être découvert, est l’endroit où les artistes prennent leur petit-déjeuner. Les omelettes sont énormes et le café n’est pas précieux avec lui-même. Nearby, quelques torréfacteurs de troisième vague se sont installés dans les rez-de-chaussée du quartier, servant du café filtre dans des salles épurées et bien éclairées. Je me suis assis dans l’un d’eux pendant deux heures un mardi matin à ne pas faire grand-chose, ce que les bons cafés permettent. La personne derrière le comptoir avait des opinions tranchées sur les procédés de fermentation et me les a exposées longuement pendant que j’acquiesçais d’une manière signifiant que je n’avais pas de contre-argument.
La rue commerciale principale de Saint-Roch, la rue Saint-Joseph, a été couverte par un affreux centre commercial en béton dans les années 70 et libérée dans les années 90 — le toit supprimé, la rue rouverte au ciel. Les boutiques qui la bordent ont désormais une qualité spécifiquement québécoise : artisanat de pointe, fabrication locale, désintérêt pour la croissance. Un atelier de céramique où le potier travaille en vitrine. Une boutique de vêtements où tout est fait sur place dans des tons neutres. Une librairie avec une section poésie qui occupe tout un mur. Ce ne sont pas des boutiques touristiques — ce sont des boutiques pour les gens qui vivent là, ce qui les rend infiniment plus intéressantes.

La scène gastronomique reflète le sérieux créatif du quartier. Le Cercle, dans un ancien entrepôt, propose un menu qui va de la charcuterie et du vin naturel à l’heure de l’apéro aux assiettes sérieuses de confit de canard ou de chevreuil au dîner. La salle est bruyante, industrielle, mal éclairée au meilleur sens du terme — le genre de salle qui flatte tout le monde et fait tout sembler légèrement meilleur qu’il ne le mérite. J’y ai mangé seul avec un livre, ce que Saint-Roch permet sans que ça se sente solitaire.
Quand y aller : Toute l’année — Saint-Roch fonctionne en toutes saisons. L’été amène la vie en terrasse et l’énergie des festivals. L’hiver rend plus centraux les passages couverts et les fenêtres chaleureuses des cafés. Les jours de semaine semblent les plus authentiques ; le marché fermier du week-end sur la place Jacques-Cartier fait sortir tout le quartier et vaut la peine d’y caler une visite.