Natashquan
"Natashquan, c'est là où la route s'arrête. Après, la côte appartient aux bateaux, aux avions et, l'hiver, aux routes de glace."
Le village où la route 138 pavée s'arrête tout simplement — ville natale de Gilles Vigneault et porte d'entrée vers la Basse-Côte-Nord sans routes.
La route 138 se termine à Natashquan, et je le dis littéralement — l’asphalte s’arrête tout simplement à l’entrée du village, et au-delà, la Basse-Côte-Nord se poursuit sur des centaines de kilomètres de littoral accessibles uniquement par le traversier Bella Desgagnés, par petit avion, ou l’hiver par une route de glace qui se forme le long du rivage gelé. En roulant sur le dernier tronçon vers Natashquan, à regarder les panneaux routiers décompter vers un chiffre qui allait tout simplement cesser d’avoir de sens, l’arrivée avait une finalité à laquelle je ne m’attendais pas de la part de ce qui n’est, sur papier, qu’un autre petit village de pêcheurs.

L’élément le plus photographié de Natashquan est une rangée de hangars de pêche en bois délavé connus localement sous le nom de « galets » — gris, blanchis par le sel, serrés les uns contre les autres sur une pointe de rocher au-dessus de la plage, jamais peints depuis si longtemps que le bois a pris la couleur des pierres qui les supportent. Ils sont devenus un symbole officieux de toute la Côte-Nord, imprimés sur des cartes postales vendues dans des villes situées à des centaines de kilomètres, que la plupart des acheteurs de ces cartes postales n’atteindront jamais vraiment. En me tenant parmi eux, dans un vent venant droit du golfe, j’ai compris l’attrait — il y a une beauté brute et sans fioritures dans des bâtiments qui ont simplement enduré plutôt qu’été entretenus.
Le village est aussi la ville natale de Gilles Vigneault, l’un des poètes et auteurs-compositeurs les plus aimés du Québec, dont la chanson « Mon pays » (« Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver ») fait presque office de second hymne officieux de la province. Un petit musée et plusieurs panneaux autour du village retracent sa vie ainsi que l’héritage de la pêche et des Innus qui a façonné son œuvre. Adjacente à Natashquan se trouve la communauté innue de Nutashkuan, et le chevauchement culturel entre les deux — l’une francophone, l’autre innue, partageant un nom et un tronçon de côte — reflète l’histoire feuilletée de toute la Basse-Côte-Nord.

Quand y aller : Juillet et août, quand le temps est le plus clément et que le traversier Bella Desgagnés assure son horaire complet pour ceux qui poursuivent vers la Basse-Côte-Nord. Le trajet depuis Havre-Saint-Pierre prend une demi-journée à travers un terrain de plus en plus dépouillé — faites le plein avant de partir.