Marché Jean-Talon
"Le Marché Jean-Talon, c'est là que j'ai enfin compris à quel point le Québec prend ses fermes au sérieux."
Le plus grand marché à ciel ouvert d'Amérique du Nord, et le meilleur argument que je connaisse pour expliquer pourquoi la culture culinaire de Montréal n'a pas besoin des restaurants du Vieux-Montréal pour faire ses preuves.
Un ami d’un ami montréalais nous a dit de ne pas perdre notre temps au très touristique Marché Atwater et d’aller directement à Jean-Talon, dans la Petite Italie — le meilleur conseil qu’on nous ait donné de tout le voyage. Le marché occupe une immense place à ciel ouvert entourée de commerces permanents — fromagers, bouchers, un véritable épicier italien, un marchand d’épices avec des sacs ouverts à l’air libre — les étals saisonniers des fermes remplissant le centre sous un treillis d’auvents en acier qui laisse filtrer la lumière en bandes. Nous y sommes allés un samedi matin d’août et les produits étaient presque agressivement abondants : des tomates anciennes de six couleurs, du maïs empilé en pyramides, des prunes de vergers à une heure de route de la ville, le tout à des prix pensés pour les habitants plutôt que pour les touristes, ce qui, après une semaine de menus de restaurant, faisait un bien fou.

Le marché se situe à la couture entre la Petite Italie et Villeray, et cette géographie se reflète chez les marchands — aux côtés des classiques étals de fermes québécoises vendant produits de l’érable et légumes racines, on trouve des delis italiens avec des viandes séchées suspendues en vitrine, un poissonnier portugais, et des boulangeries vendant tourtière et cannolis à cent mètres l’une de l’autre. Lia et moi avons composé tout un repas rien qu’avec le marché : un morceau de fromage au lait cru d’un producteur de Charlevoix, une baguette de la boulangerie à l’extrémité nord, et des cerises mangées debout à un tonneau qui servait de table, le tout coûtant moins qu’une simple entrée de restaurant au centre-ville.
Ce qui m’a le plus frappé, c’est à quel point le marché fonctionne comme une véritable épicerie du quartier pour les alentours, et non comme une mise en scène destinée aux visiteurs. Des femmes italiennes plus âgées négociaient joyeusement le prix des aubergines avec les marchands, un homme remplissait deux immenses sacs de toile de suffisamment de légumes pour tenir une famille toute la semaine, et personne ne nous prêtait la moindre attention alors que nous déambulions, bouche bée, téléphone à la main.

Nous sommes revenus une deuxième fois près de la fermeture, quand les marchands commencent à brader ce qui ne se conservera pas jusqu’au lundi, et sommes repartis avec une boîte de pêches trop mûres pour presque rien, mangées le soir même penchés au-dessus de l’évier parce que le jus coulait de partout. C’est ce souvenir-là, plus que n’importe quel repas de restaurant, que j’ai gardé le plus vivement de la culture culinaire montréalaise.
Quand y aller : Toute l’année — le marché reste ouvert tout l’hiver avec ses légumes racines, produits de l’érable et produits de serre — mais de juin à octobre, c’est la haute saison pour les fruits et légumes du Québec. Les samedis matin sont les plus animés ; en fin d’après-midi en semaine, c’est plus calme et meilleur pour de vraies bonnes affaires.
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