Al Zubarah
"Une ville qui s'est noyée sans eau — les perles se sont taries et tout le reste aussi."
Une ville fantôme classée au patrimoine mondial de l'UNESCO sur la côte nord-ouest du Qatar où le commerce de perles a fait des fortunes et n'a laissé que des murs.
Le trajet jusqu’à Al Zubarah prend environ quatre-vingt-dix minutes depuis Doha sur une autoroute rectiligne qui traverse la plaine nord du Qatar. Le paysage de chaque côté est le genre de dépouillé qui commence à sembler intéressant seulement quand on l’accepte selon ses propres termes — végétation désertique basse, troupeaux de chameaux occasionnels, le tremblement du mirage au-dessus du bitume. J’ai conduit en voiture de location fin novembre, les fenêtres légèrement ouvertes, la radio ne captant que de la statique et des chaînes de prière en arabe. Quand les ruines sont apparues à droite de la route, elles sont arrivées sans drame, une étendue basse de murs de pierre pâle qui auraient pu être une carrière ou un quartier résidentiel jusqu’à ce qu’on s’approche suffisamment pour percevoir leur âge.
Al Zubarah était, aux dix-huitième et début dix-neuvième siècles, l’une des grandes villes commerciales du Golfe. La pêche aux perles animait son économie, et l’énorme volume du commerce perlier qui y transitait en faisait un lieu d’importance régionale genuinement significative. La ville comptait peut-être douze mille habitants à son apogée. Puis le marché perlier s’est effondré — d’abord l’industrie japonaise des perles de culture, puis les perturbations économiques plus larges du début du vingtième siècle — et la ville a été abandonnée. Les murs sont restés debout et le désert s’est installé. L’UNESCO a classé le site en 2013.

Ce qui reste est remarquable par son étendue. Le site archéologique couvre environ soixante hectares et comprend les vestiges de mosquées, de maisons de marchands, de rues, d’un mur de défense côtier et du petit port de la ville. Le fort, construit en 1938 par le souverain qatarien après que la ville elle-même était déjà morte, abrite maintenant le musée du site et est la structure la plus visuellement imposante — ses tours blanchies à la chaux et ses créneaux ressemblent exactement à ce qu’un enfant dessinerait si on lui demandait de dessiner un fort arabe. À l’intérieur, le musée est sérieux et réfléchi, exposant le matériel de plongée perlière, les archives commerciales et les objets fouillés de la ville avec le contexte approprié.
J’ai parcouru les ruines l’après-midi, quand le soleil était bas et que les ombres tombaient longues sur les murs en corail fossile. Le matériau de construction — des blocs de corail fossile taillés dans le fond marin — donne aux ruines une texture différente de toute archéologie européenne. Les murs sont poreux et pâles, presque dorés sous une bonne lumière. Des oiseaux s’étaient nichés dans les interstices. La mer était visible au loin, un mince trait bleu. J’ai essayé d’imaginer cet endroit à son apogée, des bateaux chargés de sacs d’huîtres, des marchands calculant leurs marges en écriture arabe, l’odeur de l’eau ouverte et de la chair de perle séchant. L’arithmétique de l’endroit est dévastatrice : une ville de douze mille habitants, réduite à de la pierre et des oiseaux en l’espace d’un siècle.

Le trajet de retour à Doha dans l’obscurité a eu l’impression de fermer des parenthèses. Le présent du Qatar est si agressivement présent — les tours, les autoroutes, les musées — qu’il est facile d’oublier que le pays a une histoire réelle, avec ses propres catastrophes et abandons. Al Zubarah est l’endroit où cette histoire est visible dans la pierre.
Quand y aller : De novembre à mars. La chaleur estivale rend la marche prolongée en plein air genuinement dangereuse. Allez-y tôt dans la journée même en hiver — à midi la lumière s’aplatit et le site perd son dramatisme. Combinez avec une halte au musée du fort d’Al Zubarah, qui apporte le contexte nécessaire. Le trajet lui-même en vaut la peine.
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